
On trouve de tout dans les boîtes à livres. Des vieilleries surtout qui ne demandent qu’à reposer en paix. Mais parfois, aussi, des pépites. Cette rubrique vous propose de jeter un coup d’œil sur ces bouquins abandonnés et glanés au hasard de déambulations livresques.
Par Yves-Daniel Crouzet (retrouvez-le sur Facebook !)
Les réponses dans la question
[Boîte à livres de Malakoff (92)]
Est-ce un meurtre ? de Diana Ramsay est un roman curieux. Tout est déjà dans le titre ou presque. Il y est question d’une femme médecin, Judith Walker, qui se trouve bien malgré elle, au centre d’une machination visant à lui nuire. On l’accuse à tort, on fait pression sur elle, et ce n’est qu’un début. Sauf que ses persécuteurs se sont trompés de proie. De Judith Walker, en fait. Leur cible porte le même nom, mais elle n’est pas médecin ; elle est auteure de gags pour la télé ! Enfin, elle l’était, jusqu’à ce que toutes les portes se ferment devant son nez et qu’on la retrouve suicidée aux barbituriques dans son appartement.
Et si c’était un meurtre ? Pas du genre avec un tueur à gages, pas du genre passionnel, ni crapuleux. Non, du genre insidieux. Ou comment pousser quelqu’un dont l’humour contestataire ne plaît pas aux patriotes américains à prendre définitivement la porte de sortie.

L’histoire débute alors que Judith Walker (le médecin, pas la suicidée) participe à un cocktail dans le milieu de la télévision. Elle y fait la connaissance d’une sorte de cowboy qu’elle emmène chez elle. Il la quitte le lendemain en promettant de la revoir, oubliant au passage son chapeau texan. Sauf qu’elle ne le reverra pas. Inquiète (c’était apparemment la première fois qu’on lui faisait ce coup-là !), la jeune femme va demander à son amie Cassandra et au mari policier de celle-ci de l’aider à enquêter sur la disparition de ce mystérieux amant. Peu de temps après, la voici accusée d’avoir commis de graves erreurs médicales. Et si les deux affaires étaient liées ? Lorsqu’on découvre (par hasard) qu’une autre Judith Walker s’est suicidée, une nouvelle question se pose : et si les trois affaires étaient liées ? La police n’enquêtant pas sur les suicides, l’affaire est confiée à un cabinet de détectives privés.

Bien évidemment, les recherches entreprises ne plaisent pas à tout le monde ; enfin surtout à ceux qui en voulaient à Judith Walker (la suicidée, pas le médecin). Et ceux-ci ont le bras long et la main lourde, comme Judith (le médecin, puisque l’autre est morte !) ne va pas tarder à s’en apercevoir à ses dépens. L’intimidation ne suffisant plus, les méchants passent à la menace et à l’agression physique. Aïe !
Judith (vous savez qui) découvrira que la comédienne figurait sur une liste noire des studios de télévision et que c’est ce qui l’a poussée au suicide. Elle en payera le prix fort. Au pays de l’Oncle Sam on ne plaisante pas avec le patriotisme et la menace coco.

Est-ce un meurtre ? publié aux États-Unis en 1977, n’est pas vraiment un roman policier, même si on y trouve un policier, des détectives privés, des méchants, une morte. C’est un roman psychologique qui flirte parfois avec la terreur, surtout à la fin. Il m’a rappelé, par moments, l’atmosphère des séries Dirty Harry avec Clint Eastwood et Death Wish avec Charles Bronson, avec son New York malfamé peuplé de voyous et sa violence complaisante et voyeuriste.
Concernant la mécanique littéraire du livre, si j’ai bien aimé la façon dont Diana Ramsay conduit ses dialogues, j’ai quelques réserves sur l’enchaînement des évènements et l’attention portée aux personnages secondaires. Le flou (délibéré) qui règne autour des méchants de l’histoire, dont on ne saura rien sinon qu’ils sont riches et dépourvus de scrupules, m’a aussi embarrassé. Autre source de gêne : le comportement plusieurs fois imbécile de Judith (l’héroïne) qui nous est pourtant présentée comme une femme intelligente (mais, sans ses erreurs, il n’y aurait pas d’histoire, n’est-ce pas ?). L’apparition façon deus ex machina de sauveteurs à un moment critique a aussi eu du mal à passer, malgré les explications rétrospectives. Quant à la fin, cruelle et cynique, elle m’a laissé un goût d’inachevé.
Bref, un roman bancal pour les amateurs de polars atypiques qui a toute sa place dans une boîte à livres, mais peut-être pas dans votre bibliothèque.

Pour lire la chronique précédente : Rayons pour Sidar – Stefan Wul.
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