Rayons pour Sidar Stefan Wul roman avis

On trouve de tout dans les boîtes à livres. Des vieilleries surtout qui ne demandent qu’à reposer en paix. Mais parfois, aussi, des pépites. Cette rubrique vous propose de jeter un coup d’œil sur ces bouquins abandonnés et glanés au hasard de déambulations livresques.

Par Yves-Daniel Crouzet (retrouvez-le sur Facebook !)

Le temps des colonies

[Boîte à livres de Recharinges (43)]

Stefan Wul, de son vrai nom Pierre Pairault, est l’un des grands auteurs classiques de la mythique (si si !) collection Anticipation du Fleuve Noir. S’il a relativement peu écrit (onze romans publiés entre 1956 et 1959 et un en 1977, ainsi que quelques nouvelles), son œuvre a durablement marqué les esprits des amateurs de SF. Deux de ses romans ont été adaptés en films d’animation par René Laloux. Le premier, Oms en série, en 1973, sous le titre La planète sauvage, avec des dessins de Roland Topor (un très bon souvenir) et le second, L’orphelin de Perdide, en 1981, sous le titre Les Maîtres du temps, avec des dessins de Mœbius (pas vu, mais paraît-il très bien). Plus récemment, ses romans ont été adaptés en bandes dessinées chez Ankama, puis chez Comix Buro (pas lus, mais une excellente initiative).

Rayons pour Sidar Stefan Wul critique
Rayons pour Sidar, extrait p. 49.

Son œuvre la plus célèbre est, sans doute, Niourk, maintes fois réédité, que j’ai lu quand j’étais adolescent et qui me donna très envie de découvrir le reste de son œuvre. Au hasard de mes visites chez les bouquinistes, je dénichai d’autres romans aux titres évocateurs comme La mort vivante, La peur géante ou Odyssée sous contrôle. Je n’ai plus le souvenir de ces lectures, mais plusieurs de ses livres trônent encore, passablement oubliés, sur une étagère de ma bibliothèque.
Aussi lorsque j’ai trouvé Rayons pour Sidar dans une boîte à livres de Haute-Loire, j’ai pensé que c’était une belle occasion de me replonger dans la SF de mon enfance et d’essayer de retrouver un peu de la magie et de l’innocence de cette époque. L’effet madeleine de Proust. Mais celle-ci ne risquait-elle pas d’avoir un goût de ranci après tout ce le temps ?
Eh bien un peu, mais pas trop.

Rayons pour Sidar avis
Rayons pour Sidar, extrait p. 111.

Rayons pour Sidar, publié pour la première fois en 1957 raconte l’histoire de Lorrain, un Terrien, qui part à la recherche de son double robot, Lionel, dans la jungle hostile de la planète Sidar, laquelle s’apprête à être occupée par une race d’extraterrestres, les Xressiens. Nous sommes ici dans un sous-genre du space opera, appelé planet opera.
Le récit est bien écrit et captivant, les aventures de Lorrain puis de Lionel sont pleines de rebondissements et d’action. La planète Sidar décrite par Stefan Wull avec ses étranges faune et flore, ses dangers, ses peuplades primitives, est crédible et dépaysante. Mais… mais je n’ai plus quatorze ans (malheureusement). L’adulte que je suis devenu a beaucoup lu depuis et sa capacité d’émerveillement s’est quelque peu émoussée. Rayons pour Sidar est un récit de pures aventures comme en publiait autrefois à la chaîne la collection Anticipation, et il ne faut pas lui en demander plus. La psychologie des personnages est sommaire et on ne s’attache pas à eux. On aimerait aussi en apprendre davantage sur ces Terriens qui maîtrisent les voyages interstellaires et sur leurs doubles robotiques. Sans doute pour respecter le nombre de pages imposé par la collection (plus ou moins 186), la fin est précipitée. Ce qui intéressait visiblement Stefan Wul, c’était de balader ses personnages dans un décor exotique, pas la résolution finale accompagnée (science-fiction oblige) d’explications pseudo-scientifiques aussi abracadabrantesques qu’ennuyeuses.

Rayons pour Sidar chronique
Rayons pour Sidar, extrait p. 151.

Certains aspects du roman peuvent paraître aujourd’hui gênants. Les stéréotypes véhiculés notamment. Les Terriens qui avaient colonisé Sidar avant que les Xressiens ne la revendiquent, sont présentés comme des sauveurs. Les Xressiens sont de vilains rats nuisibles. Les peuplades de Sidar sont primitives et exotiques, en attente de civilisation. Les gentils indigènes multiplient les facéties, s’enivrent dès qu’on leur en donne l’occasion, sont inconséquents, frivoles, attachants, naïfs, fidèles au colonisateur terrien malgré le danger qui les menace. Ils font confiance à l’homme blanc (pardon, au Terrien) paternaliste. Le fait que Wul utilise aussi le mot « maître » lorsque les robots évoquent leur modèle humain contribue à ce malaise.
Il faut, une fois encore, resituer le roman dans son contexte historique (les années 1950, la fin de la guerre d’Indochine, le début de celle d’Algérie) et ne pas jeter la pierre à un auteur fruit de cette époque. Stefan Wul s’est, d’ailleurs, toujours défendu de faire de la politique et est unanimement considéré comme un humaniste.
Plus que toute autre, la science-fiction est une littérature qui vieillit souvent mal. Rayons pour Sidar, malgré ses qualités, n’échappe pas à cette règle.

Rayons pour Sidar Stefan Wul critique
Rayons pour Sidar, roman de Stephan Wul (1957), Collection Présence du Futur, éditions Denoël (1979).

Pour lire la chronique précédente : Hadon, fils de l’antique Opar – Philip José Farmer.
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