Miles Morales: Spider-Man 2026 first issue review avis

Alors qu’au cinéma Spider-Man: Brand New Day écrase le box office mondial et que 2027 verra la sortie du film d’animation Spider-Man: Beyond the Spider-Verse, dernier volet d’une trilogie à succès, Marvel relance un mensuel centré sur le personnage de Miles Morales. Celui-ci a d’ailleurs été mentionné durant la promo de Brand New Day, faisant miroiter une éventuelle apparition de ce Spider-Man adolescent, alors que l’acteur Tom Holland a quant à lui largement dépassé l’âge du lycée et de la fac. Pour autant, qui pourrait jurer qu’un lectorat plus jeune va se ruer sur le comic ? Reste que le premier numéro d’un mensuel de Spider-Man (« ongoing series »), sorti en l’occurrence le 12 août, peut constituer un petit événement, surtout si le bouche à oreille est favorable…
Sans attendre : il ne faut pas chercher ici d’audace ou de prise de risque, mais une situation initiale classique, portée par un dessin solide.
Attention : spoilers !

Un scénario, des clins d’œil

Spider-Man est un lycéen surdoué en sciences, qui vit à New York, a un faible pour une fille surdouée en sciences et un meilleur pote grassouillet avec qui il fait des blagues de geek… Ça vous rappelle le Spider-Man du cinéma ? C’est fait pour, à priori, avec en plus bien sûr la touche Miles Morales : New York, oui, mais l’action se déroule spécifiquement à Brooklyn, et une brève apparition de Spider-Woman (version Gwen Stacy) et Spider-Man 2099 fait le lien avec les films Spiderverse !
Il faut dire que c’est le scénariste Brian Edward Hill qui prend les rênes du mensuel, et on peut noter que le monsieur avait écrit le titre Ultimate Black Panther en s’appuyant sur les films Marvel : l’idée, semble-t-il, est de proposer la version la plus accessible du personnage au public le plus large (et nouveau) possible. Logique tout à fait compréhensible quand il s’agit de relancer une série !
Mais alors, ça donne quoi ? Un épisode très (trop ?) calibré, qu’on peut même décrire en statistiques : 25 pages de bd, dont une introduction de quatre pages orientées action, trois pages de dialogue centrées sur Miles, trois pages centrées sur le nouveau vilain, trois pages de dialogue centrées sur Miles, huit pages d’action, trois pages de flashback et une page de conclusion avec effet de suspense… Niveau rythme, ça enchaîne sans se perdre, et c’est heureux pour un format aussi court. Spider-Man donc bondit entre les gratte-ciel, sauve des gens en faisant des blagues, puis fait des blagues en causant à ses proches, puis combat un nouveau super-vilain en blaguant… Bref, le contrat est rempli pour ce qui est des fondamentaux. Le récit insiste régulièrement sur un point : Miles se veut cette fois un « friendly neighborhood Spider-Man », un justicier de quartier, qui officie à Brooklyn pour protéger les gens du coin, et n’a pas l’intention de s’occuper des crises du multivers ou autres. Non seulement cela fait écho aux objectifs du film Brand New Day, mais cela semble aussi indiquer une certaine prise de recul avec les récentes utilisations du personnage. Hill met ainsi dans la bouche de Morales : « I’ve spent so much time accross the multivers, I kinda forgot which universe is mine » (« j’ai passé tellement de temps à arpenter le multivers, que j’ai pour ainsi dire oublié quel univers est le mien. »). Réduction d’échelle, donc.
Autre point : Miles mentionne plusieurs éléments de son passé, façon de signaler que la continuité est prise en compte, même si elle paraît mise de côté. Le personnage ne redémarre pas de zéro, il est bien présenté comme compétent et exprime sa confiance : « I’ve got this » (« Je gère ») dit-il par exemple, et ses proches réagissent positivement. Certains ont relevé un paradoxe apparent, puisque Morales dit aussi : « I think I’m starting to figure this whole Spider-Man thing out » (« Je crois que je commence à piger tout ce que ça implique d’être Spider-Man »). Il est vrai que pour un personnage créé en 2011 et qui depuis a sa propre série, régulièrement relancée mais sans pause réelle, ça a quelque chose d’ironique. Mais les super-héros finissent toujours par se heurter aux lois fondamentales du statu quo et des petits arrangements scénaristiques avec leur vécu fictif.
On peut par ailleurs rappeler que Hill a une expérience dans l’adaptation de jeux vidéos, et accessoirement dans l’écriture pour le cinéma (fin 2026 sortira son premier film en tant que réalisateur, un thriller fantastique intitulé Archangel) et les séries télé. Ce n’est pas anodin dans la mesure où il titre son premier numéro de Miles Morales: Spider-Man « Level 1: sins of the father » et que les prochains seront à l’avenant (« next level »). Quelques autres références au jeu vidéo apparaissent explicitement, Miles et son pote Gank jouant par exemple au jeu de combat Marvel Tōkon: Fighting Souls, sorti début août (quand les comics promeuvent leur produit dérivé !). Les deux amis envisagent même de lister les pouvoirs de Miles, leurs atouts et leurs inconvénients, « like a fighting game » (« comme un jeu de combat »), préfigurant de futures scènes d’entraînement qui peuvent d’ailleurs évoquer le manga… Sur ce point, j’anticipe un peu, mais Hill annonce déjà un rencard au « Japanese Cultural Society ». Il faut s’attendre à de la référence, puisque Gank incite Miles : « if you do some research on japanese culture before you go, you can sound smart » (« si tu fais des recherches sur la culture japonaise avant d’y aller, tu pourras avoir l’air futé »).

Miles Morales: Spider-Man (2026) #1 avis
Miles Morales: Spider-Man (2026) #1, couverture alternative par Skottie Young.

Nouveau super-vilain, vieux modèle

Le nouveau super-vilain, lui aussi, tient du jeu vidéo : c’est un gars barbu et torse nu, très musclé, qui vole et manie une hache de lumière (qui parie que Miles l’affrontera à l’épée ?), et qui est assez fortiche pour deviner comment fonctionne un des pouvoirs de Spider-Man (problème en vue !). Il a un capuchon, une épaulière à pointes, une ceinture à boucle en forme de tête de mort, des genouillères métalliques… En somme, le mid-boss d’un RPG fantasy ou un chanteur de métal, selon les goûts. Son nom, donné dans les pages édito, est « Revenant » : autant dire que ce vilain supposé être au coeur de l’intrigue ne transpire pas l’originalité. Ajoutons que le scénario suggère déjà l’origine de ses pouvoirs, nommant comme en passant l’hormone de croissance mutante, grosse ficelle qui permet de produire du méchant de façon industrielle.
Pour lui donner un peu d’envergure, Hill associe le personnage au passé du père de Miles Morales ! Aujourd’hui brave flic, on apprend grâce à un flashback que ce dernier a travaillé pour Nick Fury et le Shield, et que Revenant, qui pour sa part travaillait pour le Caïd (boss de fin de niveau en vue ?) lui en veut personnellement. On aura noté le parallèle avec le Spider-Man de Peter Parker, dont les parents défunts étaient des agents de la fameuse agence… Bref, « the sins of the father » (« les péchés du père », tournure biblique issue du livre d’Ézéchiel, fréquemment utilisée comme titre de comic book), ce sont ceux de Jeff Morales, et le combat contre le super-vilain est voué à être personnel. Se vengera, se vengera pas, ou comment… L’héroïsme est une affaire de famille, chez les Spider-Men, mais parfois le coût à payer est élevé : c’est bien en jouant avec cette idée d’une mort potentielle ou d’un dommage durable que Hill peut espérer rendre son Revenant plus marquant (symboliquement, une araignée est balancée par la fenêtre par le père de Miles !). Les détails restent assez vagues à ce stade, cependant, pour réserver quelques surprises (un personnage plus ambigu que prévu ?).

Amour et politique ?

Côté cœur, le scénariste semble par contre vouloir se donner les coudées franches. Exit la super-héroïne Starling, précédente relation de Miles (leur rupture est mentionnée sans plus de détails). Celui-ci aspire désormais à une forme de normalité amoureuse, soit une adolescente sans pouvoir ou autre : « She’s just a… person, you know? » (« C’est simplement une… personne, tu comprends ? ») explique-t-il à son confident. Or la potentielle heureuse élue, nommée Valentina, est une élève venue d’Ukraine, qui participe à un programme d’échange scolaire.
Hill lui consacre les premières bulles de son scénario, et plusieurs pages de l’épisode : elle est visiblement surdouée en sciences et, selon Miles, « so focused on using science to make things better » (« si déterminée à utiliser la science pour améliorer les choses »). Particularité physique ? Elle a une maladie génétique, le syndrome Waardenburg, et donc ses yeux ont une couleur d’un bleu clair inhabituel (elle n’a pas l’air d’avoir d’autres symptômes, Hill a choisi ce qui l’arrange !). Pour une « simple personne », Miles a des critères bien particuliers… Si en tout cas le scénario n’évoque pas, pour le moment, la guerre en Ukraine (on voit mal comment il pourrait l’éviter longtemps sans basculer dans l’absurde), il fait référence à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Allez, du nucléaire d’un côté, Spider-Man et sa piqûre d’araignée radioactive de l’autre… Il n’y a pas que de la romance dans l’air !
Pour ce qui est de l’amour naissant, Hill de toute façon ne perd pas de temps : ses personnages ont des goûts communs, se plaisent d’entrée de jeu, se connaissent avant même que le lecteur les découvre, et donc, hop ! Leur premier rendez-vous est fixé (voir plus haut). Les choses peuvent paraître légitimement assez expéditives, sinon forcées. Mais on peut toujours envisager de futurs flashbacks pour arranger les choses…

Le dessin

C’est l’artiste argentin Nico León qui tient les crayons (numériques) pour l’essentiel. Influencé par le manga, le dessinateur s’est dit fan du travail de Sara Pichelli, qui, ça tombe bien, a co-créé Miles Morales. Autant dire que Marvel joue la carte d’une sorte de retour aux sources esthétiques (le costume de Spider-Man est d’ailleurs « classique » pour Miles Morales). On a donc affaire à un style pseudo-réaliste, le dessin de León montrant un Spidey dynamique et bondissant, sans déformation excessive. C’est par les effets visuels d’accompagnement (lignes de vitesse, flous, onomatopées), les changements soudain d’angles de vue et les variations de formes de case (rappelant en cela le découpage du manga d’action) que le dessin exprime la vitesse et la puissance.
Les couleurs et les effets de lumière dus à Bryan Valenza contribuent aussi beaucoup, avec une insistance particulière sur les nuances de rouge et de bleu qui, lorsqu’elles ne mettent pas en valeur des explosions ou des décharges d’énergie, baignent l’ensemble d’une atmosphère estivale… C’est le mois d’août dans l’univers Marvel comme dans le monde réel ! Le revers, c’est peut-être une impression d’uniformité toute numérique, qui rapproche (à mes yeux du moins) la bd du jeu vidéo type cel shading, voire, pourquoi pas, au Marvel’s Spider-Man: Miles Morales de 2020, pour boucler la boucle. De ce point de vue, il est assez frappant de constater que les « extraits » du jeu Marvel Tōkon: Fighting Souls se distinguent mal, dans les vignettes, de l’univers de Spider-Man…
Le contraste est d’autant plus marqué avec les pages de flashback dessinées par le canadien Valentine de Landro (Exquisite Corpses chez Image), où les aplats de noir dominent pour un bref récit dans le récit, logiquement plus sombre, mais qui a aussi l’air plus crédible. On peut bien sûr interpréter ces deux styles comme deux visions du monde distinctes : la plus sombre, celle d’un flic qui a dû faire des compromis, tranchant avec l’ardeur toute brillante (sinon trop éblouissante) du jeune Spider-Man.

Les bonus

Quatre pages « bonus » concluent le mensuel. Deux au moins semblent rédigées par l’éditeur Tommy G (Tom Groneman), en charge de la série, qui présente rapidement le projet avec quelques dessins de travail de Nico León. Deux autres pages font la publicité d’autres parutions Marvel du moment, en lien notamment avec Spider-Man, avec un mot de l’éditeur exécutif Nick Lowe, un habitué des séries Ultimate de Marvel. On peut également lire une très brève interview du lettreur Cory Petit, qui fait quelques blagues. Sont aussi mises en valeur une vignette de León, sans les couleurs définitives, ce qui crée un effet radicalement différent, et une des couvertures « Variant » de ce numéro 1 (il y en a plus d’une demi-douzaine !). On nous promet pour la suite un courrier des lecteurs et des explications sur les clins d’œil dissimulés ici et là dans le comic, moyen comme un autre d’appâter les fans.

Miles Morales: Spider-Man (2026) #1 review
Extrait de vignette de Miles Morales: Spider-Man (2026) #1, dessin par Nico León, couleur de Bryan Valenza.

Bilan

Miles Morales: Spider-Man (2026) #1 se lit vite, trop sans doute pour être mémorable. Le contrat est rempli en apparence, mais le nouveau vilain mis en avant, tout en bruit et fureur, manque d’envergure, et c’est avec la promesse d’une affaire de famille et le nom de Wilson Fisk (le Caïd), méchant classique, que la curiosité est maintenue. Il ne s’agit donc pas d’un lancement coup de tonnerre, à un moment où Spider-Man a le vent en poupe au cinéma, et il n’est pas sûr que le dessin suffise à rameuter les fans alors qu’Amazing Spider-Man #1000 (version Peter Parker) paraît en septembre.