
On trouve de tout dans les boîtes à livres. Des vieilleries surtout qui ne demandent qu’à reposer en paix. Mais parfois, aussi, des pépites. Cette rubrique vous propose de jeter un coup d’œil sur ces bouquins abandonnés et glanés au hasard de déambulations livresques.
Par Yves-Daniel Crouzet (retrouvez-le sur Facebook ! et toutes ses chroniques)
Planète omelette
[Boîte à livres d’Yssingeaux (43)]
Kurt Steiner (de son vrai nom André Ruellan) fait partie de ces écrivains français de SFF hautement recommandables, un peu oubliés aujourd’hui, qui ont fait les beaux jours des mythiques et très populaires collections Angoisse et Anticipation du Fleuve Noir. On lui doit notamment Aux armes d’Ortog et sa suite Ortog et les ténèbres, qui ont eu l’honneur d’être réédités dans la prestigieuse collection Ailleurs et Demain dirigée naguère par Gérard Klein, mais aussi Le disque rayé, Tunnel, Les chiens (adapté au cinéma en 1979 par Alain Jessua avec Gérard Depardieu, Victor Lanoux, Nicole Calfan et Fanny Ardant) ou encore le ci-après Brebis galeuses qu’on a pu aussi retrouver chez J’ai Lu SF. Ruellan a également été scénariste pour le cinéma !

Brebis galeuses nous conte l’histoire de Rolf B40, un obscur fonctionnaire de la planète V30 chargé d’inventer et de cartographier l’autre côté du monde dans lequel il vit. V30 est en effet une étrange planète qui, bien que disposant d’une technologie sophistiquée, demeure en grande partie inexplorée. C’est une planète creuse en forme d’œuf, pourvue en son centre d’un soleil qui ne se couche jamais. Sur V30 tout le monde ou presque semble être un agent provocateur, faire partie d’une police corrompue ou bien d’une milice plus dangereuse encore. Notre pauvre Rolf après s’être fait prendre à tenir des propos subversifs sur l’agencement de l’univers, se trouve embarqué, jugé et châtié.

On lui inocule alors le germe d’un virus, car c’est ainsi qu’on punit les criminels sur V30. Un vulgaire rhume qui, dans cet univers aseptisé où tout le monde est toujours en parfaite santé, va faire de lui un paria et transformer sa vie en véritable cauchemar. Contraint à la clandestinité pour ne pas être lynché par les bien-portants, il va échouer lamentablement dans toutes ses tentatives pour se tirer d’affaire, rencontrer l’amour et l’amitié parmi d’autres condamnés atteints de maladies plus ou moins horribles, essayer de se venger et découvrir, finalement, qu’il n’est (avec tous les habitants de V30) qu’un rêve dans la tête d’un malade (lui-même) sur une planète qui est sans doute notre bonne vieille Terre en pleine guerre bactériologique (d’où la nature des châtiments sur V30).

Bon alors oui, j’ai spoilé un poil la fin. Enfin, beaucoup. Mais franchement, le coup du rêve ne mérite guère mieux. Si, au moins, les péripéties précédant le dénouement étaient plus intéressantes ! Mais on est dans un récit classique de SF pour trajet ferroviaire. Le héros qui tombe de piège en piège est vite insupportable. Les personnages secondaires n’ont aucune épaisseur. Quant à la fin et les explications qu’elles nécessitent, elles m’ont plongé dans des abîmes de perplexité. Est-ce le livre qui a mal vieilli ? Est-ce moi ? Les deux sans doute mon capitaine ! Bah oui, malheureusement seuls les vins se bonifient avec l’âge, et encore pas tous !

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