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It Came From Outer Space (« Ça venait de l’espace lointain ») est une nouvelle très brève de Brian Aldiss, auteur de science-fiction anglais connu notamment pour sa trilogie de romans intitulée Helliconia, publiée dans les années 1980. Le texte a été publié le 10 décembre 2012 dans le recueil 50 x 50: The mini-sagas, par le défunt éditeur The Friday Project.
Le concept de la « minisaga » a été forgé par Aldiss et se rapproche de celui de la micronouvelle, avec quelques règles spécifiques : c’est un récit très bref, qui doit contenir cinquante mots en plus d’un titre qui peut, lui, contenir jusqu’à quinze mots. Il semble qu’Aldiss ait eu l’idée alors qu’il travaillait sur Helliconia, série longue, qui par contraste lui donnait envie de rédiger un texte court. À l’époque, il parvient même à intéresser The Daily Telegraph, journal anglais conservateur, qui organise des concours de mini-sagas dont il est le juge, entre 1988 et 1999, aboutissant à plusieurs anthologies.
It Came From Outer Space est en particulier un texte comique, où Aldiss s’amuse avec les clichés de la science-fiction, et surtout du space opera ou de la space fantasy.
Je propose ci-dessous une traduction de la nouvelle, sans chercher à me tenir rigoureusement à la règle des cinquante mots, suivie de quelques remarques et du texte anglais.

Ça venait de l’espace lointain

Une chose informe, vilaine et immense arrivait de l’espace. Je me précipitai chez le puissant Gloewer, Sabreur Incomparable. Il mangeait tranquillement son petit déjeuner.
« Nous avons besoin de toi, Gloewer ! Taïaut ! Taïaut !
— Je mange, là, d’accord ?
— Mais ta puissante épée…
— La Cuillère est plus forte que l’Épée », dit-il.
Je me suis réveillé – encore un rêve SF !

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« Nature morte avec pot de moutarde », 1860, peinture d’Henri Fantin-Latour.

Commentaire

Avec It Came From Outer Space, Aldiss joue avec des clichés bien connus des fans de science-fiction, mais aussi, vraisemblablement, du grand public : entre les années 1970 et 1980, le cinéma a popularisé le space opera avec Star Wars, et le succès de Conan le barbare (1982) de John Millius a lancé une vague de films d’heroïc fantasy qui ont contribué, sinon à donner une bonne image du genre, à en diffuser les stéréotypes. Par ailleurs, le titre « It Came From Outer Space » (en français, Le Météore de la nuit) évoque inévitablement le film de science-fiction horrifique de 1953, auquel avait contribué Bradbury, auteur devenu un classique de la science-fiction. Dans le film, un vaisseau extraterrestre s’écrase sur terre, près d’une petite ville d’Arizona… et, sans trop en dire, le shérif est d’humeur à en découdre plutôt de discuter et comprendre.
Aldiss ne décrit d’ailleurs pas un vaisseau, mais une « chose », « vilaine » plutôt qu’explicitement menaçante : on peut songer que « chose » (« thing ») est un des mots récurrents de Lovecraft dans ses récits d’horreur cosmologique, souvent écrits à la première personne… dans la nouvelle d’Aldiss, cependant, le narrateur a un recours : Gloewer, parodie évidente du héros macho que son épée associe ici à la (space) fantasy. Le ton parodique s’amplifie avec le dialogue, qui s’achève avec le détournement de l’expression « la plume est plus forte que l’épée » : en anglais, elle est due à Edward Bulwer-Lytton, écrivain et homme politique, qui l’emploie dans sa pièce de théâtre Richelieu, faisant dire au fameux cardinal : « The pen is mightier than the sword. » La phrase est de toute façon devenue un lieu commun, et Aldiss s’amuse à remplacer « pen » par « spoon », glissement qui sonne mieux en anglais qu’en français. Paradoxalement, le fait que le héros préfère la cuillère à l’épée le rend plus humain, alors même qu’il refuse d’assumer sa fonction de sauveur… L’amateur de science-fiction pourrait aussi envisager une référence à la scène de la cuillère de Matrix (1999), où Neo, personnage principal du film, reçoit une leçon d’humilité d’un enfant. S’il n’est pas certain qu’Aldiss ait la scène en tête en écrivant sa nouvelle (la date exacte d’écriture n’est pas précisée), on peut toutefois constater que l’utilisation d’un objet quotidien, tel que la cuillère, est une façon de prendre le contrepied des lieux communs de l’héroïsme épique (sur ce sujet, on pourra lire l’article qui revient sur le point de vue d’Ursula K. Le Guin dans son essai Earthsea Revisioned).

Brian Aldiss nouvelle science-fiction
« Priam aux pieds d’Achille », 1876, peinture de Jules Bastien-Lepage.

La fin de la nouvelle s’avère particulièrement ironique : Aldiss utilise le cliché du rêve, chute considérée comme un trope particulièrement usé, facile et déplaisant, car il rompt l’illusion pour le lecteur sans proposer une résolution stimulante du récit. Aldiss y recourt d’autant plus malicieusement que sa nouvelle est trop brève et parodique pour que le lecteur se soit investi. L’enchaînement de clichés se conclut ainsi sur un dernier, qui justifie le grand méli-mélo des références !
La mini-saga conçue par Aldiss a donc quelque chose de la blague littéraire, du moins d’une littérature ludique, puisque l’auteur joue ici avec les codes des genres qu’il affectionne, et qu’il parie sur la complicité du lecteur. Jusqu’à un certain point, cette idée de la nouvelle courte à contrainte paraissait cohérente avec la modernité des réseaux sociaux privilégiant la brièveté (Twitter, entre autres), ce qui explique que le recueil 50 x 50 (soit cinquante mini-sagas de cinquante mots) ait été publié à l’époque par The Friday Project, maison d’édition indépendante disparue depuis, mais qui avait pour ambition de publier de façon traditionnelle des œuvres d’abord conçues sur internet : en 2012, toutefois, date de publication de 50 x 50, The Friday Project était devenu plus ou moins une collection de l’éditeur HarperCollins, déjà éditeur occasionnel d’Aldiss : la boucle éditoriale se bouclait étrangement, pour un concept créé à l’origine avec la presse !
Laissons les derniers mots à Aldiss lui-même, dans son introduction à 50 x 50 : « Une histoire de cinquante mots ? N’est-ce pas quelque chose de magique ? La création de toute fiction a une part de magie. »

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« Le météore de 1860 », 1860, peinture de Frederic Edwin Church.

It Came From Outer Space – Brian Aldiss

A great naughty shapeless thing flew in from space. I rushed to the mighty Gloewer, Swordsman Unparaleled. He was eating a leisurely breakfast.
‘We need you, Gloewer! Kill! Kill!’
‘I’m eating, okay?’
‘But your mighty sword…’
‘The Spoon is mightier than the Sword,’ he said.
I awoke – another SF dream!