
« Song of man chipping an arrowhead » (« Chanson d’homme qui taille une pointe de flèche« ) est un poème de William Stanley (W.S.) Merwin, publié dans un numéro du fameux magazine Poetry, daté de mai 1972. Le poème est repris en 1973 dans son huitième recueil Writings to an Unfinished Accompaniment, publié par les éditions Atheneum (de New York), maison fondée par les vétérans Alfred A. Knopf Jr, Simon Michael Bessie et Hiram Haydn, et qui a publié de multiples gagnants du Pulitzer… dont Merwin lui-même, qui l’a obtenu deux fois pour sa poésie, en 1971 et en 2009. C’est donc en poète reconnu qu’il écrit « Song of man chipping an arrowhead », alors qu’il s’est aussi fait une réputation de traducteur, notamment de textes médiévaux. C’est aussi l’époque de la guerre du Vietnam, à laquelle il s’oppose avec par exemple son recueil The Lice (1967).
Je propose ci-dessous plusieurs propositions de traduction du poème, suivies de quelques pistes d’interprétation et du texte original.
Chanson d’homme qui taille une pointe de flèche
Petits enfants tous vous partirez
mais celle que vous cachez
prendra son vol
Chanson de l’homme taillant une pointe de flèche
Petites vous partirez toutes
mais celle que vous dissimulez
s’envolera
Chant d’homme taillant une pointe de flèche
Petits enfants vous partirez tous
mais celui que vous cachez
volera
Commentaire
Le poète et professeur Dan Chiasson, dans un article pour le New Yorker en 2007, propose quelques pistes d’interprétation de la poésie de Merwin et de « Song of man chipping an arrowhead », poème qui paraît bien énigmatique : « Puisque sa position fondamentale est la passivité, le langage de Merwin ne peut pas être ressenti comme provenant d’un effort trop important d’apprentissage, ou comme une perception glanée en passant, ou une conversation entendue par hasard, ce qui reviendrait à concéder l’existence d’autres personnes réelles. Au lieu de cela, le « Je » se trouve, dans la combinaison des éléments primordiaux : le vent qui passe sur l’eau, la lumière en haut de la montagne. Ce « Je » a des émotions, mais elles dérivent d’autre part ; le récipient est vide jusqu’à ce que la tristesse, ou la douleur, ou l’attente ne s’engouffrent et ne prennent brièvement place à l’intérieur.
Il n’est pas difficile d’imaginer comment cette sorte d’écriture pourrait aller de travers, et les tentatives de Merwin d’élargir le champ de ses sujets, jusqu’au social ou à l’explicitement politique, en montre souvent les limites. Mais un ars poetica malin, “Song of Man Chipping an Arrowhead,” plaide en sa faveur :
« Little children you will all go
but the one you are hiding
will fly »
Les « petits enfants » ici sont des mortels, trop jeunes pour exister dans le temps de façon lamentable, mais aussi des éclats de silex qui « vont » au service de la fonction principale de la pierre. Comme tout art aux contraintes imposées, nous recherchons les moments où les contraintes sont défiées. Une fois que vous taillez la pointe de flèche, elle peut « voler » toute seule ; sa nature en tant que pierre a été transformée, de même que la nature de ces mots, utilisés en pure perte, est transformée. Quand les poèmes de Merwin ne suivent pas cet axe de transformation, quand ils commencent, trop vastes ou trop loquace, ils perdent leur puissance. » [Dan, Chiasson, « The Ascetic », The New Yorker magazine, 18 septembre 2017]
Chiasson fait ainsi de quelques vers, qui rappellent pas leur brièveté et leur disposition le haïku (Merwin a traduit avec Takako Lento des poèmes de Buson, publiés sous le titre Collected Haiku of Yosa Buson) un poème manifeste, où la flèche devient métaphore du poème ou du langage du poète. Ajoutons que cette image de la flèche pourrait être due à l’intérêt de Merwin pour la littérature médiévale : il a par exemple donné une version versifiée de Sir Gawain and the Green Knight (2004) (pour en lire plus sur Gauvain et le Chevalier Vert).

Song of man chipping an arrowhead
Little children you will all go
but the one you are hiding
will fly