
Je suis fan de Conan le barbare depuis l’âge de treize ans quand j’ai découvert le personnage dans la revue Eclipso publiée chez Comics Pocket. À l’époque, je m’intéressais plutôt aux super héros costumés de Marvel, dont je découvrais les aventures en couleurs dans Strange et en noir et blanc dans Eclipso, Étranges Aventures et quelques autres. Captain America, les X-men, Thor, l’Homme Araignée, les Vengeurs étaient mes préférés. Jusqu’à ce que je tombe sur ce type vêtu d’un simple pagne de fourrure, d’un casque à cornes, d’un collier à larges médaillons et de cothurnes. Si mes souvenirs sont exacts, il s’agissait de l’histoire Le crépuscule du Dieu Gris. Ni le scénariste ni le dessinateur n’étaient mentionnés, et moins encore le créateur du personnage. Mais quelle claque ! C’était si différent de ce que j’avais lu jusqu’alors. Plus… profond ! (Ne riez pas !)
Par Yves-Daniel Crouzet (retrouvez-le sur Facebook ! et toutes ses chroniques)

Conan par Roy Thomas et Barry Smith
Dans cet épisode, Conan, après s’être échappé de geôles hyperboréennes, rejoignait l’armée brythunienne et affrontait, muni de sa simple chaîne d’esclave, ceux qui l’avaient emprisonné. L’histoire était plus complexe que celles de mes habituels héros. Il y était question de dieux crépusculaires, d’honneur, de courage, de vengeance, d’amour et de trahison. Je fus immédiatement conquis. Ce n’est que plus tard que je pus mettre des noms sur les auteurs de cette merveille : Roy Thomas au scénario, Barry Smith aux dessins, d’après une histoire éponyme de Robert E. Howard.

À partir de cet instant, je chinai et j’achetai toutes les revues contenant des aventures de Conan. Ce n’était guère aisé car elles étaient disséminées sur plusieurs titres (Eclipso, L’Inattendu, Démon, Dracula…), avant que, succès aidant, le Cimmérien obtienne son propre titre à la force de l’épée. Barry Smith, qui plus tard devint Barry Windsor-Smith, a longtemps été mon dessinateur préféré, sans doute parce que c’est grâce à lui que j’ai découvert le personnage. Le tout premier épisode, La venue de Conan, trouvé chez un bouquiniste et lu postérieurement au Crépuscule du Dieu gris, n’était pourtant pas exceptionnel. Le style de Smith était encore trop influencé par Jack Kirby et avait un petit côté futuriste plutôt malvenu dans ce monde de barbares. Mais très rapidement le jeune Barry s’émancipa du King pour trouver son propre style. Son art ne fit que progresser, se nourrissant d’influences Art nouveau pour composer un univers visuel riche et subtil qui atteignit des sommets avec les adaptations de Le jardin de la peur, Le rendez-vous des bandits, La fille du géant du gel de Robert Howard, puis avec l’arc narratif du siège de Makkalet se concluant par l’extraordinaire La chanson de Red Sonja, encore meilleur, selon moi, que le magnifique Les clous rouges, paru aux Humanoïdes Associés.

Conan par John Buscema
Je fus donc très déçu de voir Barry Smith céder la place après le numéro 24 à John Buscema, pilier de Marvel que je connaissais et appréciais pour l’avoir lu sur Silver Surfer, Avengers, Kazar, Submariner ou Thor. À ses débuts sur le titre Conan the Barbarian, « Big » John Buscema m’apparut bien en deçà de ce qu’avait produit Smith. Son trait était radicalement différent. Ce n’était plus du tout le même personnage. Je trouvais ses dessins plus grossiers et moins dynamiques que ceux de son prédécesseur. Son Conan paraissait plus vieux, moins fougueux et l’environnement dans lequel il évoluait plus rude, moins dépaysant et magique.
En toute objectivité, il faut bien reconnaître que son interprétation du monde hyborien dans lequel évolue Conan et du personnage lui-même étaient bien plus proches de l’univers de Robert E. Howard que celles de Barry Smith. Son Conan est d’ailleurs devenu l’incarnation type du personnage. Même Arnold Schwarzenegger dans le film de John Milius ressemble au Conan de John Buscema ! Aujourd’hui encore cette représentation a la préférence des lecteurs, comme en témoigne le succès de la nouvelle série Conan the Barbarian dessinée, entre autres, par l’Espagnol Rob de la Torre dans la plus pure tradition de « Big » John.

Les histoires étant excellentes, je continuai néanmoins à suivre Conan dans ses diverses publications. Ma passion grandit encore lorsque je pus, enfin, découvrir ses aventures au format nouvelles grâce aux trois volumes des Éditions spéciales, puis chez Titres SF. Tout naturellement, je me tournai ensuite vers les autres créations de Robert E. Howard que publiaient les irremplaçables éditions NEO. J’invite ceux que REH intéresse à lire ma chronique sur L’homme Noir dans la rubrique « La boîte à livres d’Yves-Daniel Crouzet ». Un génial condensé de l’œuvre du Texan !

Je ne devins un inconditionnel de Buscema (qu’aujourd’hui je préfère à Barry Smith) que lorsque je découvris son travail sur Savage Sword of Conan. SSOC était un magazine en noir et blanc au contenu plus adulte que les traditionnels comics américains car non soumis au Comics Code Authority chargé de s’assurer du respect d’un certain nombre de règles dans les publications destinées à la jeunesse, notamment en matière de violence et de sexualité. En France, neuf épisodes de ce magazine (qui compta 235 numéros aux USA !) parurent sous le titre Une aventure de Conan, chez Lug entre 1976 et 1979. Toutes ou presque tirées de l’œuvre de Robert E. Howard, ces histoires sont aujourd’hui des classiques maintes fois réédités tant le soin apporté à l’histoire et au dessin était extraordinaire. C’est en les lisant et en découvrant à quel point pouvaient être différents les dessins, pourtant réalisés par le même artiste, d’une série et d’un récit à l’autre, que je découvris l’importance du rôle de l’encreur (généralement différent du dessinateur dans le système de production des comics américains), et comment il pouvait magnifier ou a contrario affadir le trait du dessinateur. Des noms comme Alfredo Alcala, Tony deZuniga, Ernie Chan, Sal Buscema, Pablo Marcos, Yong Montano, Bob Camp, Bob Mac Leod et bien d’autres allaient vite me devenir très familiers.

To be continued…
Robert E. Howard et Conan :
Robert E. Howard :
– une nouvelle de Conan le Cimmérien, entre magie et mythe, sword and sorcery : La Fille du géant du gel (1934) ;
– en complément, on pourra lire ses poèmes, dont un consacré à la Cimmérie (1932) de Conan, à la vie aventureuse de celui-ci, La route des Rois (1932-1933), et à un autre de ses héros, Kull : Le Roi et le Chêne (1939).
Lin Carter :
– toujours au sujet de Conan, on peut également lire le poème Death-Song of Conan the Cimmerian / Chant funèbre de Conan le Cimmérien qui imagine à sa façon la mort de Conan.