Robert E. Howard poèmes

Robert E. Howard, créateur de Conan, le « barbare » le plus célèbre de la popculture, poète ? Oui, comme d’ailleurs son ami Lovecraft, même si cet aspect de leur œuvre n’est guère mis en avant… Quoique : le lecteur des aventures de Conan le Cimmérien et ses adaptations en comics lisent souvent de la poésie d’Howard sans y prendre garde : des strophes de « La route des Rois » servent d’épigraphes à ses nouvelles, les poèmes « Cimmérie » ou « Le Roi et le Chêne » sont adaptés en bandes dessinées… parfois, de simples éléments en sont repris pour forger une histoire de Conan, de Kull, de Solomon Kane ou autre (voire d’autres poèmes) !

Poésie pulp ?

La poésie d’Howard, si elle est assez variée d’un point de vue formel, est loin des audaces des auteurs dits formalistes (voir par exemple « Puisque sentir est premier » d’E. E. Cummings) qui s’imposent vers cette époque dans la littérature américaine. Il en joint dans sa correspondance et en publie relativement peu, dans Weird Tales notamment, magazine pulp qui privilégie de toute façon les formes traditionnelles (surtout le sonnet !). Mais il faut se méfier des idées préconçues qui voudraient que cette poésie serait en fait dérisoire dans l’œuvre d’un auteur connu avant tout pour son apport historique à la fantasy, d’ailleurs souvent réduit à sa caricature.
On peut ainsi souligner que Howard publie aussi dans des revues consacrées à la poésie, dans l’anthologie Modern American Poetry ou la revue The Contemporary Verse : on trouve ainsi les vers d’Howard auprès de ceux de poétesses reconnues comme Frances Frost ou Rosa Zagnoni Marinoni, une figure de la littérature policière et de science-fiction comme Miriam Allen deFord, ou encore le critique distingué Joseph T. Shipley. Ce n’est pas, certes, la gloire éternelle, mais cela montre bien que la poésie d’Howard a pu bénéficier d’une reconnaissance dans un milieu qui n’était pas celui des pulps et de la littérature populaire ! De ce point de vue, Howard de son vivant a fait mieux que Lovecraft, et moins bien que Clark Ashton Smith, avec qui il formait les « big three » du magazine Weird Tales.
Soyons tout de même réservés : nombre des poèmes d’Howard repris ci-après paraissent écrits sur le vif et sonnent comme des plaisanteries adressées à tel ou tel correspondant, ce qui explique sans doute pourquoi la plupart n’étaient pas destinés à être publiés et ne le furent qu’après sa mort. Lui-même déclarait dans une lettre à Lovecraft : « Je ne sais rien des dispositifs de la poésie — je ne pourrais pas dire sous la menace si un vers est un anapeste ou un trochée. J’écris ça à l’oreille, pour ainsi dire, et mon oreille musicale a tout plein de défauts. » [d’après Steve Eng, « Barbarian Bard: The Poetry of Robert E. Howard », 1984]

Poèmes Robert E. Howard
Une couverture du magazine Weird Tales (volume 9, issue 5), illustration de CC Senf. Howard y publie le poème « The Song of the Bats » (1927).

Remarques sur la traduction

Je propose ci-dessous des traductions personnelles de divers poèmes de Robert E. Howard, en indiquant brièvement les dates d’écriture ou de publication, lorsqu’elles sont connues, et les classant dans ce cas dans l’ordre chronologique. Ainsi, les premiers poèmes traduits sont ceux pour lesquels la date n’est pas connue à priori. Il s’agit d’une traduction progressive et irrégulière : je choisis les poèmes selon l’envie, selon ce que je trouve, et sans préoccupation d’ordre thématique ou formelle. Il y aura donc de temps à autres des mises à jour et des modifications. Dans la mesure du possible, je cherche à restituer les rimes et les variations métriques, lorsqu’il y en a, mais ce n’est pas systématique. L’objectif par ailleurs n’est pas de traduire ici l’intégralité des poèmes disponibles d’Howard (il en aurait écrit plus de 700 !). Certains poèmes plus longs ou plus caractéristiques font également l’objet d’articles spécifiques (voir les liens en introduction).
Plusieurs poèmes n’ont pas de titre spécifique attribué par Howard : dans ces cas, le premier vers est utilisé comme titre, indiqué en gras et en italique.
À la suite des poèmes traduits, le lecteur trouvera de brèves notes, puis les textes en langue d’origine (anglais, États-Unis).

Poèmes traduits de Robert E. Howard

Songerie (non daté)

Le Rêveur rêvait à l’ombre des sarments,
Le Chercheur chevauchait au soleil ;
Ils étaient séparés par l’embrun, la terre et le vent,
Mais leurs vies s’enlaçaient, leurs âmes s’entremêlant
Jusqu’à ce que s’achève le jour nonpareil.
Car le Chercheur rêve lorsque les étoiles brillent froidement,
Le Rêveur cherche son âme dans le vin fortifiant
Et rêve comme quête doivent se trouver, s’entremêlant
Avant que s’achève le jour nonpareil.

Ivoire dans la nuit (non daté)

Demoiselles d’étoile et de lune,
nées des brumes du temps,
Je frémis en sentant vos mains,
la nuit, lorsque les ombres me recouvrent.
Vos yeux sont tels les gouffres nocturnes,
vos membres sont pareils à l’ivoire qui luit —
Mais vos lèvres rougeoient plus que celles des mortelles,
au bout des doigts vos ongles sont aiguisés.

Le clair de lune et les ombres strient le pays (non daté)

Le clair de lune et les ombres strient le pays ;
La nuit respire comme une grande chose vivante.
Le Chercheur se reposait, la main sous le menton,
Et écoutait le murmure du vent nocturne.
Puis il écoutait, tels des chants d’hommes disparus,
La réponse des branchages agités.
« Seigneurs des mers du silence, aussi vieux que la parole de Dieu,
Nous sommes le peuple ancien, qui hait les chaînes et les verges. »

Monarques (non daté)

Voici les rois des hommes,
Seigneurs de l’Ultime Nuit,
Rois-du-désert et du marécage —
Chacal, vautour, et milan.

Mystique (non daté)

Il est une terre étrange et mystique
À l’est du soleil levant.
Une mer terne se brise sur une grève de corail,
Des étoiles s’étalent sur le sable argenté
Et des fleuves saphir coulent à flots ; —
Il est une terre mystique
À l’est du soleil.

Nonne (non daté)

J’ai jeté l’ancre dans un port paisible ;
   Un pays qui est sacré et béni.
Mais je lorgne à travers mes barreaux les ébats de la tempête
   Et je languis après les remous de la mer.

Poète (non daté)

Mon âme est un brasier
De passionné désir ;
Mon âme est un brasier
Qui brûle ma plume sans finir.

Prude (non daté)

Je n’ose me joindre à mes sœurs dans la rue ;
    Je pense à la rumeur, aux cyniques toisant.
Une envie féroce me fait mépriser leurs jeux,
   Et recouvre mon désir d’un air arrogant.

Marin (non daté)

Je vis une sirène s’égayer dans la baie,
   En bas, tout en bas où ne soufflait nulle bourrasque rugissante ;
Sur ses épaules de neige, des gouttes étincelaient,
   Les vagues émeraude dansaient le long de sa queue puissante ;
Sa nage semait des étoiles vert de jade et dorées,
Où toutes les couleurs de l’arc-en-ciel paraissaient —
   Elle disparut dès que le capitaine suédois poussa une clameur retentissante
   M’intimant de brûler en enfer et de ferler la voile séance tenante.

Aube d’été (non daté)

Am-ra se tenait en haut d’une éminence
À l’aube d’un matin d’été ;
Il contemplait, émerveillé, les étoiles en retraite
Et l’éclat écarlate et pâle à l’est
Comme naissait la flamme du jour.

Thor (non daté)

Je me tiens
Derrière le Vent du Nord
Ma main
Tient les rênes de la marée ;
Mon tison
Flamboie parmi les étoiles ;
Je me tiens
Derrière le Vent du Nord.

Ivrogne (non daté)

Labeur, soucis, tracas, tout disparaît ;
Peu m’importe qui se présente à la présidentielle.
Je m’assoupis, lève mon rhum toute la sainte journée,
Et je regarde les chaloupes qui voguent dans la baie.

Visions (non daté)

Je ne puis croire au paradis
Glorieux, sans souillure,
Car portes volutées et rues pavées d’or
Sont des boniments pour l’enfant rêveur.

Je devrais avoir honte, vraiment,
D’avoir envie d’en rire,
Mais je peux concevoir un Enfer ardent
Car j’ai vécu sur terre.

Robert E. Howard poèmes traduits en français
Dempsey et Firpo, peinture de George Bellows, 1924.

Quand Dempsey monta sur le ring(lettre à Tevis Clyde Smith, 16 juillet 1925)

« Quand Dempsey monta sur le ring, la foule fit une moue de dédain.
Puis Carl Morris monta sur le ring, la foule se mit à crier :
« Éclate-lui sa grande gueule ! »
Alors Dempsey a frappé Carl, bon Dieu !
Et Carl s’est effondré, bon Dieu !
Et la foule a beuglé : « C’est toi le champion, Jack! »

Je te le dis, mon ami (lettre à Tevis Clyde Smith, 6 août 1925)

Je te le dis, mon ami,
Le blasphème se trouve dans l’expression de la croyance
Qui diffère de l’opinion orthodoxe.
Si j’ai un esprit critique
Et que je m’en sers sans lécher les bottes
D’autres hommes, plus sages peut-être,
Je blasphème à leurs yeux. Ce n’est pas
Que je jette de la boue sur leur croyance,
Mais tout simplement que je ne suis pas d’accord avec eux.

Aventure (lettre à Tevis Clyde Smith, 1926)

Je suis l’éperon
Qui aiguillonne l’âme des hommes,
Le leurre chatoyant
Qui entraîne autour du monde.

Alamo (lettre à Clyde Smith, 1926)

Des jours durant ils nous encerclèrent par le feu
Des jours durant affluèrent leurs soldats nombreux
La bataille et ses ravages furent sanglants
Nous pérîmes dans la fumée et le feu,
Révélant au monde qu’ils sont des traîtres honteux
Et nous glorieux jusqu’à la fin des temps

Rire (lettre à Tevis Clyde Smith, 14 avril 1926)

Le rire est l’artifice des dieux ; c’est pourquoi tu dois rire
Et railler les signes du Destin, un grand vent attisant la plaisanterie

Rêveur (lettre à Tevis Clyde Smith, 23 juin 1926)

Je vis dans un monde à part
   Un monde que rien ne lie à cette morne terre.
Un monde vague, mélodieux, où les brises provoquent
   De douces joies et des rires guillerets.

Profondeurs (lettre à Tevis Clyde Smith, 23 juin 1926)

Il est une caverne dans les profondeurs
   Delà les rixes des vents marins ;
Où les collines de la mer se dressent avec raideur,
Où les dragons restent dans la torpeur
Où les serpents ondulent avec lenteur
Il est une caverne dans les profondeurs
   Où se coulent d’étranges monstres marins.

Libertin (lettre à Tevis Clyde Smith, 23 juin 1926)

Je réglai mon âme au son d’un luth exalté
Et j’appris à mes pieds les règles de la danse.
Je flotte, brin de paille rompu,
Sur la Mer de la Chance.

Désir (lettre à Tevis Clyde Smith, 23 juin 1926)

Je suis un leurre doré.
Je suis le rire d’une fausse déesse.
Je vais, sous les dehors de l’Amour.
Les hommes sont mes esclaves.
Les femmes sont mes esclaves.
Je suis une déesse et le monde est mon sanctuaire.
Je suis le vent nocturne
Qui souffle dans le feuillage.
Je suis le clair de lune dans une clairière cachée.
Je suis la clarté des étoiles
Sur un palais.
Je suis Désir.

La choriste (lettre à Tevis Clyde Smith, vers mars 1928)

J’ai une voix d’ange, à ce qu’on dit ;
   Avec le vieux Blank je donne des ailes à la musique —
   Je souris, je complimente sa façon de chanter —
Mon Dieu, je préférerais écouter braire un âne.
   J’opine, je souris à toutes les sœurs si pieuses —
   Je souhaite que leurs fessiers soient affligés de sept cloques.
Ce jeune pasteur, si respectable et mince —
Je vendrais mon âme pour une longue nuit en sa compagnie.

La ballade d’Abe Slickemmore (lettre à Tevis Clyde Smith, vers novembre 1928)

Engloutis ta bière, feignasse de saligaud !
Vante-toi de ton ignorance,
Tu pourras bien aller au boxon
Mais moi je ferai des études !

Une ballade sur la déraison (lettre à Tevis Clyde Smith, vers novembre 1928)

Adam était mon boulet,
Une grande petite mule,
Un court de tennis rouge, un allez ! ambulant
Dans la mare du jugement de l’Éden.

Il arracha le jupon équivoque
Des hanches captives d’Ève,
Oh, Adam était mon éléphant
En allant à la mer en bateau.

Je ne célèbre pas un paradis (lettre à Tevis Clyde Smith, vers janvier 1928)

Je ne célèbre pas un paradis
Je chante un monde de désir,
De catins, voleurs et vice porcin
Et de poussière rendue à la poussière.

Ce que les femmes chanteraient à notre sujet (lettre à Tevis Clyde Smith, vers fin 1928, début 1929)

J’ai senti leurs regards sur moi,
Qui embrasent mon âme de leur flamboiement,
J’ai connu leurs rudes mains sur moi
Qui tremblaient d’un désir profond, entreprenant.

Pourquoi leurs mains se sont-elles refroidies
Comme elles glissaient le long de mes cuisses ?
Pourquoi les feux si anciens et hardis
Deviennent-ils cendres dans leurs yeux qui plissent ?

Après que les trompes auront résonné (lettre à Tevis Clyde Smith, vers septembre 1929)

Après que les trompes auront résonné
Sur le monde qui disparaît
Après que les tambours se seront tus
Que l’ultime drapeau sera replié,
Puissions-nous profiter de ce à quoi nous aspirons
Une bénédiction telle que nous autres pécheurs puissions dire
Que le mieux que nous avons à espérer
Est une paillasse confortable en Enfer.

La vie est un cochon cynique et romantique (lettre à Tevis Clyde Smith, vers février 1930)

La vie est un cochon cynique et romantique ;
La vie est un âne sur une mince brindille ;
La vie est un éléphant sur une figue ;
La vie est un homard avec une perruque jaune.

— Philosophie de Hoolyu Li Awn.

Le chant du sage (lettre à Tevis Clyde Smith, vers mars 1930)

Ainsi parlait Scutto en haut des monts crépusculaires,
Sage, prophète et conseiller des seigneurs d’Hindoustand,
« La vie, jeunes bâtards hardis, selon mes lumières,
N’est qu’une galère qui rue, manœuvrée par des singes en bande. »

Ambition (lettre à Tevis Clyde Smith, vers avril 1930)

Dressez-moi un gibet devant le ciel,
Solide, robuste, et haut de bien des pieds,
Laissez-moi pendre où soufflent les vents
Qui jamais ne s’abaissent au monde au-dessous,
Où les grands nuages se traînent alentour.
Laissez le peuple qui besogne au-dessous
Me voir osciller d’avant en arrière,
Me voir balancer à travers les éternités,
Un point qui danse dans le bleu lointain.

Envoi (lettre à Tevis Clyde Smith, vers novembre 1932)

Écris dès que tu auras le temps,
   Et si ce n’est bientôt,
Je te donnerai un grand coup dans les roustons
   À la lumière d’une lune d’argent.

Robert E. Howard poésie
Paysage au clair de lune, peinture d’Arnold Böcklin, 1849.

Notes

La poésie de Robert E. Howard est très variée : l’auteur semble privilégier les écrits de circonstance, en particulier pour les poèmes les plus brefs qui relèvent fréquemment du trait d’humour. La satire d’une manière générale est fréquente, qui cible fréquemment l’hypocrisie religieuse, ou les valeurs traditionnelles, impliquant parfois qu’Howard donne la parole aux femmes, ce qui peut surprendre de la part d’un auteur texan du début du XXème siècle ! Cela ne l’empêche pas par ailleurs de célébrer Alamo : difficile d’échapper aux mythes locaux… Certains thèmes sont récurrents : le désir sexuel, la mélancolie, la rêverie, les valeurs morales tournées à la dérision ou au contraire affirmées. On voit ainsi Howard défendre le principe du blasphème, évoquer la puissance du hasard ou du sexe, mais aussi esquisser des images et des situations fantastiques.

Alamo : le siège de Fort Alamo (1836) est un moment clé de la révolution texane, qui oppose le Mexique et les partisans de la république du Texas. L’armée mexicaine menée par le général Santa Anna assiège le fort et s’en empare. Cette défaite marquante pour les colons texans aboutit finalement à la bataille décisive de San Jacinto où les forces mexicaines sont vaincues. L’indépendance du Texas implique que l’esclave sur ce territoire est prolongé (le Mexique avait aboli l’esclavage en 1829).

Aube d’été : le lecteur des comics de Conan et de L’Heure du dragon (The Hour of the Dragon, 1935) d’Howard peut se souvenir que Conan est nommé Amra par les corsaires de Kush.

Quand Dempsey monta sur le ring : Tevis Clyde Smith est un ami et parfois collaborateur d’Howard. C’est aussi un auteur de poèmes, de nouvelles de fantasy, d’ouvrages consacrés à l’Histoire et d’une biographie d’Howard. Celui-ci joint régulièrement des poèmes dans les lettres qu’il adresse à Smith. Jack Dempsey est une figure majeure de la boxe américaine, champion du monde poids lourd de 1919 à 1926. Carl E. Morris, autre poids lourd, affronte trois fois Dempsey entre 1917 et 1918 : il perd notamment par KO lors du combat du 16 décembre 1918 à la Nouvelle-Orléans. Howard était un passionné de boxe, qui était alors extrêmement populaire aux États-Unis, et la pratique en amateur. Il écrit plusieurs histoires en lien avec ce sport, créant en particulier le personnage du marin et boxeurSteve Costigan en 1929.

Une ballade sur la déraison : Howard semble se moquer ici des textes bibliques, « En allant à la mer en bateau » traduisant ici tant bien que mal « upon the sea in ships » : cette tournure ferait référence au psaume 107:23, où l’on peut lire : « Ceux qui étaient descendus sur la mer dans des navires, Et qui travaillaient sur les grandes eaux, Ceux-là virent les œuvres de l’Éternel Et ses merveilles au milieu de l’abîme » (version Louis Segond).

Robert E. Howard poems
The Titan’s Goblet, peinture de Thomas Cole, 1833.

Robert E. Howard – Poems

Dreaming

The Dreamer dreamed in the shade of the vine,
The Seeker rode in the sun;
They are parted by winds and lands and brine,
But their lives cling and their souls twine
Till the last of the day is done.
For the Seeker dreams when the cold stars shine,
And the Dreamer seeks for his soul in wine
And dream and seeking must meet and twine
Or ever the day is done.

Ivory in the Night

Maidens of star and of moon,
born from the mists of the age,
I thrill to the touch of your hands,
in the night when the shadows are o’er me.
Your eyes are like the gulfs of the night,
your limbs are like ivory gleaming—
But your lips are more red than is mortal,
and pointed the nails of your fingers.

Monarchs

These be kings of men,
Lords of the Ultimate Night,
Kings-of-the-desert and fen –
Jackal, vulture, and kite.

Moonlight and shadows barred the land

Moonlight and shadows barred the land;
Night breathed like some great living thing.
The Seeker rested chin in hand
And heard the night wind’s whispering.
He heard like songs of vanished men
The waving branches answer then.
« Lords of the seas of silence, old as the word of God,
We are the ancient people, haters of chain and rod. »

Mystic

There is a strange and mystic land
East of the rising sun.
A dim sea breaks on a coral strand,
Stars lie spread on the silver sand
And sapphire rivers run;—
There is a mystic land
East of the sun.

Nun

I have anchored my ship to a quiet port;
   A land that is holy and blest.
But I gaze through my bars at the tempest’s sport
   And I long for the sea’s unrest.

Poet

My soul is a blaze
Of passionate desire;
My soul is a blaze
That sets my pen on fire.

Prude

I dare not join my sisters in the street;
    I think of people’s talk, the cynic stare.
Fierce envy makes me scornful of their play,
   And hide my lust behind a haughty air.

Sailor

I saw a mermaid sporting in the bay,
   Far down, far down where blew no roaring gale;
About her snowy shoulders flashed the spray,
   The waves played emerald at her sinewy tail;
She swam a jade and golden, star-set way,
Where all the rainbow colors seemed to play—
   She vanished at the Swedish captain’s hail
   Who bid me go to Hell and furl a sail.

Summer Morn

Am-ra stood on a mountain height
At the break of a summer morn;
He watched in wonder the starlight fail
And the eastern scarlet flare and pale
As the flame of day was born.

Thor

I stand
Back of the North Wind
My hand
Holds the tide’s reins;
My brand
Flashes amid the stars;
I stand
Back of the North Wind.

Toper

Toil, cares, annoyances all fade away;
I care not who may run for President.
I drowse and swing my rum the live-long day,
And watch the shallops skimming o’er the bay.

Visions

I cannot believe in a paradise
Glorious, undefiled,
For gates all scrolled and streets of gold
Are tales for a dreaming child.

I am too lost for shame
That it moves me unto mirth,
But I can vision a Hell of flame
For I have lived on earth.

And Dempsey climbed into the ring… (letter to Tevis Clyde Smith, July 16, 1925)

« And Dempsey climbed into the ring and the crowd sneered.
And Carl Morris climbed into the ring and the crowd yelled,
« Sock his damned jaw! »
And Dempsey hit Carl, by Hell!
And Carl hit the floor, by Hell!
And the crowd yelled, « You’re the boy Jack! »

I tell you this, my friend (letter to Tevis Clyde Smith, August 6, 1925)

I tell you this, my friend,
Blasphemy lies amid expressed belief,
That differs with the orthodox opinion.
If I have a mind
And use it for myself nor lick the boots
Of other, wiser maybe, men,
I blaspheme in their eyes. ’Tis not
That I fling mud on their belief,
But simply that I disagree with them.

Adventure (letter to Tevis Clyde Smith, 1926)

I am the spur
That rides men’s souls,
The glittering lure
That leads around the world.

The Alamo (letter to Tevis Clyde Smith, 1926)

For days they ringed us with the flame
For days their swarming soldiers came
The battle wrack was gory
We perished in the smoke and flame,
To give the world their traitor shame
And our undying glory

Laughter (letter to Tevis Clyde Smith, April 14, 1926)

Laughter’s the lure of the gods; therefore must ye laugh
Mocking Destiny’s nods, a strong wind driving the chaff

Dreamer (letter to his friend Tevis Clyde Smith dated June 23, 1926)

I live in a world apart
   A world that has no link with this drab earth.
A vague, melodious world, where breezes start
   Soft joys and gay-hued mirth.

Deeps (letter to his friend Tevis Clyde Smith dated June 23, 1926)

There is a cavern in the deep
   Beyond the sea-winds brawl;
Where the hills of the sea slope high and steep,
And dragons sleep
And serpents creep
There is a cavern in the deep
   Where strange sea-creatures crawl.

Libertine (letter to his friend Tevis Clyde Smith dated June 23, 1926)

I set my soul to a wild lute
And taught my feet to dance.
I float, a broken straw,
Upon the Sea of Chance.

Lust (letter to his friend Tevis Clyde Smith dated June 23, 1926)

I am a golden lure.
I am the laughter of false goddesses.
I go disguised as Love.
Men are my slaves.
Women are my slaves.
I am a goddess and the world is my shrine.
I am the night wind
Blowing through the leaves.
I am the moonlight of a hidden glade.
I am starlight
On a palace.
I am Lust.

The Choir Girl (letter to Tevis Clyde Smith, c. March 1928)

I have a saintly voice, the people say;
   With Elder Blank I send the music winging—
   I smile and compliment him on his singing—
By God, I’d rather hear a jackass bray.
   I nod and smile to all the pious sisters—
   I wish their rears were stung with seven blisters.
That youthful minister, so straight and slim—
I’d trade my soul for one long night with him.

The Ballad of Abe Slickemmore (letter to Tevis Clyde Smith, c. November 1928)

Guzzle your beer, you lazy louse!
Boast of your lack of knowledge,
And you may go to the bawdy house
But I shall go to college!

A Ballad of Insanity (letter to Tevis Clyde Smith, c. November 1928)

Adam was my ball-and-chain,
A tall short mule,
A walking red olay tennis court
In Eden’s judgment pool.

He tore the dubious petticoat
From Eve’s sequestered hips,
Oh, Adam was my elephant
Upon the sea in ships.

I do not sing of a paradise (letter to Tevis Clyde Smith, c. January 1928)

I do not sing of a paradise
I sing of a world of lust,
Of harlots, thieves and swinish vice
And dust that fades to dust.

That Women May Sing of Us (letter to Tevis Clyde Smith, c. late 1928, early 1929)

I have felt their eyes upon me,
Searing my soul with their burning,
I have known their hard hands on me
Vibrant with deep locked yearning.

Why did their hands grow cold
As they slid along my thighs?
And the fires so fierce and old
Turn to ashes in their eyes?

After the trumps are sounded (letter to Tevis Clyde Smith, c. September 1929)

After the trumps are sounded
Over the fading world
After the drums are silent
And the lastmost flag is furled,
May we enjoy what we long for
A boon that we sinners may tell
The most that we have to hope for
A comfortable berth in Hell.

Life is a cynical, romantic pig (letter to Tevis Clyde Smith, c. February 1930)

Life is a cynical, romantic pig;
Life is a jackass on a slender twig;
Life is an elephant upon a fig;
Life is a lobster with a yellow wig.

—Philosophy of Hoolyu Li Awn.

The Song of the Sage (letter to Tevis Clyde Smith, c. March 1930)

Thus spoke Scutto on the mountains in the twilight,
Sage and seer and councilor to lords of Hindustand,
“Life, my bold young bastards, according to my light,
“Is but a bucking galley by a band of monkeys manned.”

Ambition (letter to Tevis Clyde Smith around April 1930)

Build me a gibbet against the sky,
Solid and strong and long miles high,
Let me hang where the high winds blow
That never stoop to the world below,
And the great clouds lumber by.
Let the people who toil below
See me swaying to and fro,
See me swinging the aeons through,
A dancing dot in the distant blue.

Envoy (letter to Tevis Clyde Smith, c. November 1932)

Write whenever you get the chance,
   And if it is not soon,
I’ll give you a lusty kick in the pants
   By the light of the silvery moon.