
« A Vision of Judgment » (« Une vision du Jugement », ou « Une vision du Jugement Dernier ») est une nouvelle d’H. G. Wells, publiée anonymement en septembre 1899, dans le magazine littéraire The Butterfly, alors relancé et dirigé par Grant Richards, qui avait publié notamment James Joyce, Alfred Edward Housman, Saki… « A Vision of Judgment » est reprise plus tard dans une anthologie de Wells, The Obliterated Man and Other Stories (décembre 1925). Wells est connu dès cette époque pour ses romans de science-fiction (La Machine à explorer le temps date de 1895, La Guerre des mondes est publiée en feuilleton à partir de 1897…), ainsi que pour son engagement en faveur du socialisme. En 1899, il publie ainsi un roman dystopique, When the Sleeper Wakes (Quand le dormeur s’éveillera), où il décrit une révolution contre un pouvoir tyrannique.
Lu dans ce contexte, « A Vision of Judgment » est donc un texte satirique suggérant qu’une société mondiale harmonieuse est possible… au prix d’une sorte de thérapie collective gigantesque, et d’une conception assez ironique de la religion monothéiste ! Précisons que Wells était un athée convaincu…
Je propose ci-dessous une traduction personnelle de la nouvelle, suivie de quelques brèves notes et du texte original anglais.
Une vision du Jugement – H. G. Wells.
I.
BRU-A-A-A.
J’écoutais, sans comprendre.
Wa-ra-ra-ra.
« Seigneur Dieu ! fis-je, encore à moitié endormi. Quel boucan infernal ! »
Ra-ra-ra-ra-ra-ra-ra-ra-ra Ta-ra-rra-ra.
« C’est assez, dis-je, pour réveiller — et m’interrompit brusquement. Où donc étais-je.
Ta-rra-rara — de plus en plus fort.
« C’est soit quelque nouvelle invention — »
Toora-toora-toora ! Assourdissant !
« Non, dis-je encore, parlant tout haut pour m’entendre moi-même. C’est la Trompette du Jugement. »
Tooo-rraa !
II.
La dernière note m’arracha à la tombe comme un vairon pris à l’hameçon.
Je vis ma pierre tombale (ou plutôt un bibelot médiocre, et j’aurais voulu savoir qui s’en était chargé), puis le vieil orme la vue sur la mer s’évanouirent tels une bouffée de vapeur, et alors, tout autour de moi — une multitude que personne n’aurait pu dénombrer, de nations, langues, royaumes, peuples — enfants issus de toutes les époques, rassemblés en un espace amphithéâtral aussi vaste que le ciel. Et au-dessus, près de nous, siégeant sur un trône nuageux d’un blanc éclatant, le Seigneur Dieu et l’ost de tous ses anges. Je reconnus AzraëI à sa noirceur et Michel à son épée, et l’ange immense qui avait trompeté se dressait, la trompette toujours à demi levée.
III.
« Rapide, dit l’homme de petite taille près de moi. Très rapide. Vous voyez l’ange avec le livre ? »
Il baissait la tête ou étirait le cou pour voir au-dessus, en dessous et entre les âmes qui se pressaient autour de nous.
« Tout le monde est là, dit-il. Tout le monde. Et maintenant nous allons savoir — voilà Darwin, fit-il, passant du coq à l’âne. Lui, il va l’avoir ! Et là — vous voyez ? — cet homme grand, à l’air important, qui essaye d’attirer le regard de Notre Seigneur, c’est le Duc. Mais il y a plein de gens qu’on ne connaît pas. Oh ! il y a Priggles, l’éditeur. Je me suis toujours demandé ce que devenaient les surplus d’impression. Priggles était un homme astucieux… Mais nous allons savoir, maintenant — même pour lui J’entendrai tout ça. J’aurai droit à la majeure partie du spectacle, avant… Ma lettre, c’est le S. »
Il prit une grande inspiration.
« Des personnages historiques, aussi. Vous voyez ? C’est Henri VIII. Il y aura un paquet de preuves. Oh, mince ! C’est un Tudor. »
Il baissa la voix.
« Observer ce gaillard, juste devant nous, tout recouvert de poils. Un paléolithique, vous voyez. Ah, et là — »
Mais je ne lui prêtai pas attention, parce que je contemplais Dieu le Père.
IV.
« Est-ce là tout ? » demanda le Seigneur.
L’ange au livre — il s’agissait d’un volume parmi une quantité innombrable, comme le Catalogue de la salle de lecture du British Museum — nous jeta un coup d’œil et parut nous compter instantanément.
« C’est tout, dit-il, et il ajouta : Ô mon Dieu, c’était une très petite planète. »
Le regard de Dieu nous examina.
« Commençons », dit Dieu le Père.
V.
L’ange ouvrit le livre et lut un nom. C’était un nom plein de A, et les échos en résonnèrent depuis les coins les reculées de l’espace. Je ne le compris pas clairement, parce que le petit homme près de moi me dit, avec un mouvement brusque : « Qu’est-ce que c’est ? Ça sonnait comme « Achab », pour moi ; mais ça ne pourrait pas être l’Achab des Saintes Écritures. »
Aussitôt une petite forme noire fut soulevée jusqu’à un nuage rebondi, aux pieds même de Dieu. C’était une silhouette minuscule et raide, vêtue d’amples toges extravagantes, portant couronne, et qui croisa les bras d’un air maussade.
« Alors ? » demanda Dieu, le toisant du regard.
Nous eûmes le privilège d’entendre la réponse, car en effet les propriétés acoustiques de l’endroit était extraordinaires.
« Je plaide coupable, déclara la petite silhouette.
— Dis-leur ce que tu as fait, dit Dieu le Père.
— J’étais un roi, fit l’autre, un grand roi, et j’étais lubrique, orgueilleux et cruel. J’ai fait des guerres, ravagé des pays. J’ai bâti des palais dont le mortier était le sang des hommes. Entends, Ô Seigneur, les témoins contre moi, en appelant à toi pour obtenir vengeance. Des centaines, des milliers de témoins. »
Il fit signe en notre direction.
« Et pire ! J’ai capturé un prophète — un de tes prophètes —
— Un de mes prophètes, dit Dieu le Père.
— Et parce qu’il refusait de se soumettre, je l’ai torturé pendant quatre jours et quatre nuits, si bien qu’à la fin il mourut. J’ai fait davantage, Ô Seigneur, j’ai blasphémé. Je t’ai privé des honneurs qui t’étaient dus —
— Des honneurs qui m’étaient dus, insista Dieu le Père.
— J’ai fait en sorte d’être adoré à ta place. Il n’a pas eu de mal que je n’ai pratiqué ; pas de cruauté dont je n’ai souillé mon âme. Enfin, tu m’as châtié, Ô Seigneur ! »
Dieu souleva légèrement les sourcils.
« Et je fus tué à la bataille. Ainsi je me tiens devant toi, voué à ton Enfer le plus profond ! de par ta grandeur, n’osant nul mensonge, ni supplique, mais admettant l’exactitude de mes iniquités devant toute l’humanité. »
Il se tut. Je vis son visage distinctement, et il me parut blême, terrible, fier et étrangement noble. Je songeai au Satan de Milton.
« Cela provient en majeure partie de l’Obélisque, dit l’Ange Greffier, le doigt sur une page.
— En effet, » fit l’Homme Tyrannique, avec une légère touche de surprise.
Alors Dieu soudain se pencha en avant, prit cet homme dans sa main et le maintint sur sa paume comme pour mieux le voir. Il n’était qu’un petit trait sombre au centre de la paume du Seigneur.
« A-t-il vraiment fait tout cela ? » dit Dieu le Père.
L’Ange Greffier frappa le livre du plat de la main.
« En un sens », dit-il, négligemment.
Aussi, lorsque je regardai de nouveau le petit homme, son visage était changé, d’une manière très intrigante. Il observait l’Ange Greffier avec dans les yeux une appréhension étrange, une de ses mains tremblotant vers sa bouche. Rien que ce mouvement d’un muscle, à peine, et toute la dignité de sa défiance eut disparu.
« Lis », dit Dieu le Père.
Et l’ange se mit à lire, expliquant très soigneusement, et dans son entièreté, toute la vilénie du Sieur Malfaisant. Ce fut un plaisir des plus intellectuel — quelque peu « osé » par endroits, me dis-je, mais bien sûr le Ciel a ses privilèges….
VI.
Tout le monde riait. Même le prophète du Seigneur que le Sieur Malfaisant avait torturé montrait un visage souriant. Le Sieur Malfaisant était vraiment un petit être, tellement ridicule.
« Et aussi, lut l’Ange Greffier, avec un sourire qui nous rendit tous bouillants d’impatience, un jour, alors qu’il était quelque peu irascible parce qu’il avait trop mangé, il —
— Oh, pas ça, se récria le Sieur Malfaisant, personne n’en a jamais rien su. Ça n’a jamais eu lieu, cria-t-il. J’étais mauvais — J’étais vraiment mauvais. Fréquemment mauvais, mais il ne s’est pas passé quelque chose d’aussi grotesque — de si totalement risible — »
L’ange continua de lire.
« Ô Dieu ! brailla le Sieur Malfaisant. Ne les laissez pas savoir ça ! Je me repentirai ! Je ferai des excuses… »
Le Sieur Malfaisant sur la main de Dieu se mit à se trémousser et à pleurer. Soudain la honte le submergea. Il tenta une course effrénée pour sauter de l’arrondi du petit doigt de Dieu, mais Il l’arrêta d’une habile torsion du poignet. Puis il se précipita vers le vide entre la main et le pouce, mais le pouce se referma. Durant tout ce temps l’ange continua de lire — encore et encore. Le Sieur Malfaisant faisait des va-et-vient rapides à travers la paume de Dieu, puis tout à coup tourna sur lui-même et s’enfuit dans la manche de Dieu.
Je m’attendais à ce que Dieu le déloge, mais la miséricorde de divine est infinie.
L’Ange Greffier marqua une pause.
« Bah ? dit-il.
— Suivant », dit Dieu, et avant que l’Ange Greffier pût annoncer le nom, une créature poilue en haillons se tint sur la paume de Dieu.
VII.
« Dieu a-t-il donc l’Enfer dans sa manche ? dit le petit homme près de moi.
— Y a-t-il un Enfer ? demandai-je.
— Si vous observez bien, dit-il — il regarda attentivement entre les pieds des grands anges — il n’y pas de signe particulier d’une Cité Céleste.
— Chhh ! » fit une femme de petite taille près de nous, avec désapprobation. Écoutez ce Saint vénérable ! »
VIII.
« Lui était un Seigneur de la Terre, mais j’étais le prophète du Dieu du Ciel, proclama le Saint, et tous les gens s’émerveillaient devant le signe. Car moi, Ô Seigneur, je connaissais les gloires de Votre Paradis. Nulle douleur, nulle épreuve ; les entailles de couteaux, les épines enfoncées sous mes ongles, les lambeaux de peau écorchés : tout cela pour la gloire et en honneur de Dieu. »
Dieu sourit.
« Et enfin je m’en allai, moi, avec mes haillons et mes plaies, puant du fait de mes inconforts sacrés — »
Gabriel eut un rire soudain.
« Et je me couchai devant ses portes, comme un signe, comme un prodige —
— Comme une parfaite nuisance », fit l’Ange Greffier, et se mit à lire, sans tenir compte du fait que le saint parlait encore des choses glorieusement déplaisantes qu’il avait faites, si bien que le Paradis devait lui revenir.
Or, voici que dans le livre, le dossier du Saint était aussi une révélation, une merveille.
Dix secondes n’étaient pas écoulées, en apparence, que le Saint courait de même d’un bout à l’autre de la paume immense de Dieu. Moins de dix secondes ! Puis, enfin, lui aussi hurla sous le poids de cet exposé impitoyable et cynique, et lui aussi disparut, tout comme le Sieur Malfaisant, dans l’ombre de la manche. Et il nous fut permis de voir dans l’ombre de la manche. Les deux étaient assis côte à côte, dépouillés de toute illusions, dans l’ombre de la tunique charitable de Dieu, tels des frères.
Et ce fut également là que je m’enfuis, à mon tour.
IX.
« Et maintenant, dit Dieu, tandis qu’il secouait la manche pour nous lâcher sur la planète qu’il nous avait donné pour y vivre, la planète qui tournoyait autour de Sirius la verte, qui lui servait de soleil, maintenant que vous me comprenez et que vous vous comprenez un peu mieux les uns les autres… essayez de nouveau. »
Ensuite, lui et ses grands anges se détournèrent, et subitement ils avaient disparu…
Le Trône avait disparu.
Tout autour de moi s’étendait une terre magnifique, plus belle que toutes celles que j’avais pu voir auparavant — désolée, austère, et splendide ; et tout autour de moi se tenaient les âmes illuminées d’hommes dans des corps neufs et purs…

Notes de traduction
Le titre anglais de la nouvelle, « A Vision of Judgment », se veut assez évident pour ne pas préciser « dernier » : rappelons toutefois que le Jugement dernier, dans les religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) est le jugement final de Dieu, qui distingue les hommes bons des mauvais, chacun recevant son dû. En particulier, l’Apocalypse selon Jean de Patmos indique que le jugement est annoncé par une trompette.
Dans ce contexte Wells mentionne Azraël, ange de la mort selon certaines traditions, Michel, archange censé terrasser le diable lors de la guerre des anges de l’Apocalypse, et Gabriel, mentionné comme en passant, ange ou archange souvent associé à une trompette. Autre mention biblique, celle d’Achab : il s’agit d’un roi d’Israël, présenté comme impie, adorateur de Baal, qui fait emprisonner le prophète Michée et meurt ensuite à la guerre. Wells mentionne par ailleurs « l’Obélisque », référence semble-t-il à l’Obélisque noir découvert en 1846 par l’archéologue Austen Henry Layard, et inclus dans les collections du British Museum (dont Wells évoque la fameuse salle de lecture, ouverte en 1857) depuis 1848. On y trouve apparemment la plus ancienne référence à Jéhu, roi d’Israël qui aurait été chargé de châtier la maison d’Achab.
Wells développe peu ces divers personnages et éléments : d’une part ils sont assez connus du lectorat chrétien anglais de la fin du XIXème siècle, d’autre part les laisser dans le vague permet de suggérer un syncrétisme religieux dont Wells se moque ici gentiment : aucune vision, aucun discours de prophète ou texte sacré ne correspond à la vérité de sa nouvelle, qui conclut avec une touche de science-fiction.

C’est en effet sur Sirius que l’humanité doit finalement se réinventer. Sirius est en fait l’étoile la plus brillante vue de la Terre, après le soleil : observée et étudiée depuis l’Antiquité, elle se trouve dans la constellation du Grand Chien. Sirius a une certaine aura littéraire avant Wells : le géant extraterrestre de Voltaire en provient, dans Micromégas (1752) ! Par la suite, dans les années 1950, Asimov fait de Sirius un système stellaire colonisé hostile dans son Cycle de David Starr, les Siriens constituant une branche de l’humanité qui recourt à l’eugénisme. Les amateurs de séries télés peuvent se souvenir également que les extraterrestres reptiliens de V viennent de Sirius IV !
On relèvera aussi la mention de Darwin, mort en 1882, figure évidemment importante pour Wells qui étudie la biologie auprès de Thomas Henry Huxley, grand défenseur de Darwin et de la théorie de l’évolution. Wells écrit tout au long de sa vie des ouvrages consacrés à la biologie, mais on peut évoquer en particulier sa nouvelle The Flowering of the Strange Orchid (« La floraison de l’étrange orchidée ») parue pour la première fois en 1894.
Wells a également un clin d’œil pour John Milton, auteur du poème épique Paradise Lost (Le Paradis perdu), texte très sérieux publié en 1667, dans lequel Satan est présenté de façon ambiguë.
Il se moque aussi gentiment de la monarchie anglaise en évoquant Henri VIII Tudor, roi anglais tristement célèbre pour ses mariages multiples dont certains finirent dans le sang des épouses.
Plus énigmatique, l’éditeur Priggles : Wells paraît se moquer, avec ce personnage, de certaines pratiques d’éditeurs peu scrupuleux, mais sans expliciter.

A VISION OF JUDGMENT. – H. G. Wells
I.
BRU-A-A-A.
I listened, not understanding.
Wa-ra-ra-ra.
« Good Lord! » said I, still only half awake. « What an infernal shindy! »
Ra-ra-ra-ra-ra-ra-ra-ra-ra Ta-ra-rra-ra.
« It’s enough, » said I, « to wake—— » and stopped short. Where was I.
Ta-rra-rara—louder and louder.
« It’s either some new invention—— »
Toora-toora-toora! Deafening!
« No, » said I, speaking loud in order to hear myself. « That’s the Last Trump. »
Tooo-rraa!
II.
The last note jerked me out of my grave like a hooked minnow.
I saw my monument (rather a mean little affair, and I wished I knew who’d done it), and the old elm tree and the sea view vanished like a puff of steam, and then all about me—a multitude no man could number, nations, tongues, kingdoms, peoples—children of all the ages, in an amphitheatral space as vast as the sky. And over against us, seated on a throne of dazzling white cloud, the Lord God and all the host of his angels. I recognised Azrael by his darkness and Michael by his sword, and the great angel who had blown the trumpet stood with the trumpet still half raised.
III.
« Prompt, » said the little man beside me. « Very prompt. Do you see the angel with the book? »
He was ducking and craning his head about to see over and under and between the souls that crowded round us. « Everybody’s here, » he said. « Everybody. And now we shall know——
« There’s Darwin, » he said, going off at a tangent. « He’ll catch it! And there—you see?—that tall, important-looking man trying to catch the eye of the Lord God, that’s the Duke. But there’s a lot of people one doesn’t know.
« Oh! there’s Priggles, the publisher. I have always wondered about printers’ overs. Priggles was a clever man … But we shall know now—even about him.
« I shall hear all that. I shall get most of the fun before … My letter’s S. »
He drew the air in between his teeth.
« Historical characters, too. See? That’s Henry the Eighth. There’ll be a good bit of evidence. Oh, damn! He’s Tudor. »
He lowered his voice. « Notice this chap, just in front of us, all covered with hair. Paleolithic, you know. And there again—— »
But I did not heed him, because I was looking at the Lord God.
IV.
« Is this all? » asked the Lord God.
The angel at the book—it was one of countless volumes, like the British Museum Reading-room Catalogue, glanced at us and seemed to count us in the instant.
« That’s all, » he said, and added: « It was, O God, a very little planet. »
The eyes of God surveyed us.
« Let us begin, » said the Lord God.
V.
The angel opened the book and read a name. It was a name full of A’s, and the echoes of it came back out of the uttermost parts of space. I did not catch it clearly, because the little man beside me said, in a sharp jerk, « What’s that? » It sounded like « Ahab » to me; but it could not have been the Ahab of Scripture.
Instantly a small black figure was lifted up to a puffy cloud at the very feet of God. It was a stiff little figure, dressed in rich outlandish robes and crowned, and it folded its arms and scowled.
« Well? » said God, looking down at him.
We were privileged to hear the reply, and indeed the acoustic properties of the place were marvellous.
« I plead guilty, » said the little figure.
« Tell them what you have done, » said the Lord God.
« I was a king, » said the little figure, « a great king, and I was lustful and proud and cruel. I made wars, I devastated countries, I built palaces, and the mortar was the blood of men. Hear, O God, the witnesses against me, calling to you for vengeance. Hundreds and thousands of witnesses. » He waved his hands towards us. « And worse! I took a prophet—one of your prophets—— »
« One of my prophets, » said the Lord God.
« And because he would not bow to me, I tortured him for four days and nights, and in the end he died. I did more, O God, I blasphemed. I robbed you of your honours—— »
« Robbed me of my honours, » said the Lord God.
« I caused myself to be worshipped in your stead. No evil was there but I practised it; no cruelty wherewith I did not stain my soul. And at last you smote me, O God! »
God raised his eyebrows slightly.
« And I was slain in battle. And so I stand before you, meet for your nethermost Hell! Out of your greatness daring no lies, daring no pleas, but telling the truth of my iniquities before all mankind. »
He ceased. His face I saw distinctly, and it seemed to me white and terrible and proud and strangely noble. I thought of Milton’s Satan.
« Most of that is from the Obelisk, » said the Recording Angel, finger on page.
« It is, » said the Tyrannous Man, with a faint touch of surprise.
Then suddenly God bent forward and took this man in his hand, and held him up on his palm as if to see him better. He was just a little dark stroke in the middle of God’s palm.
« Did he do all this? » said the Lord God.
The Recording Angel flattened his book with his hand.
« In a way, » said the Recording Angel, carelessly.
Now when I looked again at the little man his face had changed in a very curious manner. He was looking at the Recording Angel with a strange apprehension in his eyes, and one hand fluttered to his mouth. Just the movement of a muscle or so, and all that dignity of defiance was gone.
« Read, » said the Lord God.
And the angel read, explaining very carefully and fully all the wickedness of the Wicked Man. It was quite an intellectual treat.—A little « daring » in places, I thought, but of course Heaven has its privileges….
VI.
Everybody was laughing. Even the prophet of the Lord whom the Wicked Man had tortured had a smile on his face. The Wicked Man was really such a preposterous little fellow.
« And then, » read the Recording Angel, with a smile that set us all agog, « one day, when he was a little irascible from over-eating, he—— »
« Oh, not that, » cried the Wicked Man, « nobody knew of that.
« It didn’t happen, » screamed the Wicked Man. « I was bad—I was really bad. Frequently bad, but there was nothing so silly—so absolutely silly—— »
The angel went on reading.
« O God! » cried the Wicked Man. « Don’t let them know that! I’ll repent! I’ll apologise… »
The Wicked Man on God’s hand began to dance and weep. Suddenly shame overcame him. He made a wild rush to jump off the ball of God’s little finger, but God stopped him by a dexterous turn of the wrist. Then he made a rush for the gap between hand and thumb, but the thumb closed. And all the while the angel went on reading—reading. The Wicked Man rushed to and fro across God’s palm, and then suddenly turned about and fled up the sleeve of God.
I expected God would turn him out, but the mercy of God is infinite.
The Recording Angel paused.
« Eh? » said the Recording Angel.
« Next, » said God, and before the Recording Angel could call the name a hairy creature in filthy rags stood upon God’s palm.
VII.
« Has God got Hell up his sleeve then? » said the little man beside me.
« Is there a Hell? » I asked.
« If you notice, » he said—he peered between the feet of the great angels— « there’s no particular indication of a Celestial City. »
« ‘Ssh! » said a little woman near us, scowling. « Hear this blessed Saint! »
VII.
« He was Lord of the Earth, but I was the prophet of the God of Heaven, » cried the Saint, « and all the people marvelled at the sign. For I, O God, knew of the glories of thy Paradise. No pain, no hardship, gashing with knives, splinters thrust under my nails, strips of flesh flayed off, all for the glory and honour of God. »
God smiled.
« And at last I went, I in my rags and sores, smelling of my holy discomforts—— »
Gabriel laughed abruptly.
« And lay outside his gates, as a sign, as a wonder—— »
« As a perfect nuisance, » said the Recording Angel, and began to read, heedless of the fact that the saint was still speaking of the gloriously unpleasant things he had done that Paradise might be his.
And behold, in that book the record of the Saint also was a revelation, a marvel.
It seemed not ten seconds before the Saint also was rushing to and fro over the great palm of God. Not ten seconds! And at last he also shrieked beneath that pitiless and cynical exposition, and fled also, even as the Wicked Man had fled, into the shadow of the sleeve. And it was permitted us to see into the shadow of the sleeve. And the two sat side by side, stark of all delusions, in the shadow of the robe of God’s charity, like brothers.
And thither also I fled in my turn.
IX.
« And now, » said God, as he shook us out of his sleeve upon the planet he had given us to live upon, the planet that whirled about green Sirius for a sun, « now that you understand me and each other a little better, … try again. »
Then he and his great angels turned themselves about and suddenly had vanished….
The Throne had vanished.
All about me was a beautiful land, more beautiful than any I had ever seen before—waste, austere, and wonderful; and all about me were the enlightened souls of men in new clean bodies….