Chaîne autour du soleil Clifford D. Simak critique

On trouve de tout dans les boîtes à livres. Des vieilleries surtout qui ne demandent qu’à reposer en paix. Mais parfois, aussi, des pépites. Cette rubrique vous propose de jeter un coup d’œil sur ces bouquins abandonnés et glanés au hasard de déambulations livresques.

Par Yves-Daniel Crouzet (retrouvez-le sur Facebook ! et toutes ses chroniques)

Si tous les gens du monde…

[Boîte à livres de Saint-Didier-en-Velay]

Kurt Simak est l’un de mes auteurs de SF favoris. Enfin Clifford D. Simak pour être exact. Kurt Simak c’est le nom qui figure sur la couverture du roman Chaîne autour du soleil paru au Rayon Fantastique en 1956 dont je vous propose ici un petit retour de lecture. C’est ce qui s’appelle une coquille. Une grosse coquille. Une confusion, peut-être, avec Curt Siodmak publié lui aussi chez Gallimard.

Chaîne autour du soleil Clifford D. Simak critique
Quand l’éditeur vante le genre qu’il publie !

Simak a bercé mes lectures adolescentes. On lui doit, bien sûr, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la SF, l’éternel Demain, les chiens, mais aussi Dans le torrent des siècles, Au carrefour des étoiles, Le pêcheur, Les visiteurs et bien d’autres romans et recueils de nouvelles dont mon préféré, dans cette dernière catégorie, est, pour l’instant, Escarmouche. Il a aussi écrit de la Fantasy sur ses vieux jours. Dans ce domaine, Le pays du mal ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable.
Clifford D. Simak c’est d’abord pour moi un humaniste, un écrivain de la ruralité et de l’Amérique des descendants des pionniers. La nature, le temps qui passe, le Wisconsin, la fraternité, sont au cœur de ses ouvrages. Ses héros sont des hommes qui se révèlent parfois plus qu’humains, mais qui n’en restent pas moins de braves types, solidement terriens. Chez Simak pas d’armadas extraterrestres qui pulvérisent des mondes sous le feu de leurs lasers, pas d’empires intergalactiques tentaculaires, pas d’intrigues de cour. Et pas de jeune premier de la classe fort en gueule et en muscles, stratège génial, qui remporte la victoire fulgur au poing tout en tenant la taille de sa belle, nécessairement effrayée et déshabillée. Les héros de Simak sont des gars comme vous et moi, plongés dans des situations qui les dépassent et qui doivent y faire face avec leurs petits moyens, leur courage et leur honnêteté. Plutôt désuet, n’est-ce pas ?

Chaîne autour du soleil Clifford D. Simak avis
Chaîne autour du soleil, extrait p.9.

…voulaient se donner la main

Chaîne autour du soleil n’échappe pas à cette règle. Jay Vickers, notre héros, est un écrivain célibataire sans histoires qui va se trouver plongé au cœur d’un affrontement entre humains et mutants. Tout commence par la fabrication de rasoirs, de briquets et d’ampoules électriques inusables. Suivent bientôt des véhicules et des maisons qui le sont tout autant, vendus à des prix défiant toute concurrence (c’est tout juste si on ne vous donne pas de l’argent pour les acquérir). Il s’agit, en fait, de la première offensive des mutants pour faire s’écrouler l’économie mondiale et changer un système qui court irrémédiablement à la guerre et à sa perte. Sauf que les humains lambda ne sont pas prêts pour le grand remplacement. Surtout les plus riches. (Ça ne vous rappelle rien ?!) Comme l’homme de Neandertal face à l’homo sapiens, ils sont bien décidés à résister pour ne pas disparaître, même si pour cela ils doivent déclencher une guerre mondiale.
L’idée de départ (des objets inusables) est loin d’être inédite (mais, si ça se trouve, c’est Simak qui, le premier, en a eu l’idée). L’auteur enchaîne ensuite sur la conspiration des mutants et l’existence d’une pluralité de mondes (dont une Terre N°2, vierge de toute présence humaine). Son héros malgré lui devient, sans qu’on sache trop pourquoi, le champion des mutants face aux hommes. En chemin, bien sûr, il rencontrera l’amour.

Chaîne autour du soleil Clifford D. Simak avis
Chaîne autour du soleil, extrait p.167.

J’ai trouvé le roman sympathique, mais pas très réussi. J’ai parfois eu l’impression que Simak avait chaussé des chaussures trop grandes pour lui. Le but recherché par les mutants et surtout le chemin emprunté pour y parvenir sont peu convaincants. Si on voit bien comment la mise sur le marché d’objets inusables peut bouleverser l’économie mondiale, on comprend moins comment elle s’articule avec l’émigration de pionniers sur la Terre N° 2 (on ignore d’ailleurs comment ils s’y rendent). Simak ne nous dit pas non plus ce que vont devenir les humains normaux de la Terre N° 1. Sont-ils condamnés à disparaître ? Les mutants vont-ils s’en débarrasser en les envoyant sur une autre Terre ? Tout ça reste flou.

Chaîne autour du soleil Clifford D. Simak critique
Chaîne autour du soleil, extrait p.163.

Le roman est aussi souvent redondant. Les mêmes idées sont répétées d’un chapitre à l’autre. Certains, inutiles, ralentissent l’action. La résolution de l’intrigue tient, quant à elle, du coup de baguette magique. Justement ! D’une certaine façon, les textes de SF de cette époque et ceux qui l’ont précédée s’apparentaient beaucoup à des contes de fées. Le merveilleux (même lorsqu’il était habillé de science) était omniprésent. Ce « sense of wonder » s’est émoussé avec l’arrivée d’une science-fiction plus adulte et politiquement engagée, succédant à l’âge d’or. C’est peut-être pour cette raison qu’une partie des lecteurs, à partir des années 70 aux États-Unis et 80 en France, s’est massivement tournée vers cette nouvelle terre d’aventures et de merveilles qu’est la Fantasy. Chaîne autour du soleil, très « light » côté science, n’est finalement pas très éloigné de ce genre.

Chaîne autour du soleil Clifford D. Simak Le rayon fantastique
Chaîne autour du soleil (1952) roman de Clifford D. Simak, éditions Le rayon fantastique (1956)

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