Fantôme à prendre Lady fantôme William Irish

Fantôme des pulps passés

[Boîte à livres de Fay-sur-Lignon (43)]

Romancier, nouvelliste, scénariste, William Irish fait figure de classique de la littérature policière américaine aux côtés d’auteurs comme Dashiell Hammett, Jim Thompson, Raymond Chandler, David Goodis et quelques autres. Ses œuvres ont souvent été adaptées au cinéma : La mariée était en noir et La Sirène du Mississipi par François Truffaut, Fenêtre sur cour par Alfred Hitchcock, J’ai épousé une ombre par Robin Davis, Les mains qui tuent (Phamtom Lady) par Robert Siodmak, etc. La télévision n’est pas en reste puisqu’on retrouve ses récits au sommaire de nombreux épisodes de séries policières tout au long des années 40 à 90.

Fantôme à prendre Lady Fantôme extrait
Fantôme à prendre, extrait p. 121.

Fantôme à prendre (rebaptisé Lady Fantôme dans les éditions ultérieures) raconte l’histoire d’un homme dans le couloir de la mort, condamné à griller sur la chaise électrique pour le meurtre de son épouse. Nous suivrons donc le sinistre décompte des jours, à partir du 150ème jusqu’à l’heure fatidique, tandis que plusieurs personnes essayent de le sauver. Grillera, grillera pas ? Bon, ce n’est pas spoiler le roman que de dire qu’Henderson, notre présumé coupable, s’en sortira. Logique, sinon pourquoi écrire 224 pages ? Les romans noirs le sont rarement (noirs) à ce point.

Fantôme à prendre Lady Fantôme critique
Fantôme à prendre, extrait p. 13.

J’ai lu ce roman sans déplaisir. Le style, bien sûr, est efficace (il s’agit quand même d’un des maîtres du genre), l’histoire est prenante et, comme il se doit, savamment embrouillée. L’enquête (retrouver une femme affublée d’un énorme chapeau orange qui pourra disculper notre homme. Sur le papier, ça ne paraît pas très difficile !) est riche en rebondissements. L’originalité, ici, c’est qu’il n’y a pas le traditionnel flic ou le détective privé pugnace et malin. C’est l’amoureuse du condamné et son meilleur ami qui enquêtent. Sauf que William Irish, à trop vouloir nous perdre et nous surprendre dans les toutes dernières pages, accumule les incohérences. Aussi, lorsque surgit le twist final, on n’y croit pas. Comme je ne veux pas vous divulgâcher la fin, je m’abstiendrai donc de vous expliquer pourquoi le véritable coupable n’a aucun intérêt à faire tout ce qu’il fait pour retrouver la femme au chapeau orange à quelques jours seulement d’une mise à mort qui le mettrait définitivement hors de cause (bon, d’accord, j’ai un peu divulgâché, là. Aussi, ne relisez pas la dernière phrase !)

Fantôme à prendre Lady Fantôme chronique
Fantôme à prendre, extrait p. 197.

Fantôme à prendre appartient à une autre époque. Celle de la littérature pulp. Beaucoup des textes de cette période ont énormément vieilli. La façon de raconter des histoires a changé. Le lecteur est devenu plus malin et les écrivains se sont adaptés. Les intrigues sont aujourd’hui moins linéaires, l’alternance de personnages dans la narration est souvent de rigueur, les dialogues omniprésents facilitent une lecture plus facile (même si j’ai récemment été très surpris par l’abondance de dialogues dans « Dix petits nègres » – du calme, dans le fond : c’est sous ce titre que je l’ai lu ! – d’Agatha Christie, pourtant écrit en 1939). Mais qui sait si dans quatre-vingts ans (si les livres existent encore !) les lecteurs ne diront pas la même chose des recettes appliquées aujourd’hui aux thrillers. Je ne veux pas être trop pessimiste, amis lecteurs, mais peu d’entre nous seront encore là pour le dire.

Fantôme à prendre Lady Fantôme William IrishPresses de la Cité
Fantôme à prendre, William Irish (1942), Presses de la Cité (1954).

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