
« Fairy tale », soit « Conte de fées », est un poème de Katherine Mansfield publié en 1923 dans Poems, recueil posthume. Ce titre, qui renvoie aussitôt au merveilleux, peut étonner les lecteurs des nouvelles de Mansfield, qui l’ont rendue célèbre : en tant que prosatrice, celle-ci est en effet rattaché au modernisme, notamment au Bloomsbury Group, qu’elle fréquente sans y être totalement intégrée ; cela, notamment parce que Mansfield, néo-zélandaise, est perçue avec un certain dédain par les très britanniques artistes du Bloomsbury… ce qui ne l’empêche pas de nouer une amitié plus ou moins houleuse avec Virginia Woolf. « Fairy tale » de Mansfield est donc peut-être l’occasion pour elle de renouer avec le merveilleux de l’enfance (un de ses poèmes de jeunesse s’intitule « A fairy tale »), sans se soucier de la réception critique ou des courants d’idées.
J’en propose ci-dessous une traduction personnelle, suivie de quelques remarques sur le contexte d’écriture et de publication, puis du poème en langue d’origine (anglais, Nouvelle-Zélande).
FAIRY TALE – Katherine Mansfield
À présent l’Arbre du Jour referment ses fleurs parfaites,
Et chaque fleuraison redevient un bourgeon,
Étroitement clos face aux averses dorées
Des abeilles qui voltigent dans les heures de velours…
À présent une mélodie
Furieuse et funèbre portée par un souffle depuis les tours d’ombre,
Montée en écho des navires d’ombre qui fendent l’écume,
Annoncent la Reine de la Nuit.
De leurs charmilles
S’élèvent les sombres Princesses, qui virevoltent et pointent leurs ailes
Vers leur vieille Mère, dans sa grande et vieille demeure.
1919.
Notes :
En anglais, le poème est rimé, selon le schéma : ABAABACDADC.
On peut bien sûr lire le poème comme une allégorie de la tombée de la nuit. La « Reine de la Nuit » peut faire référence à la Flûte enchantée de Mozart (mais on peut songer aussi à Mab, la fée de Shakespeare (Roméo et Juliette) qui contribue à la naissance des rêves), d’où aussi la mention d’une « mélodie ».

Contexte
Le recueil Poems, où l’on peut lire « Fairy Tale », est publié en 1923 aux éditions Constable & Robinson, qui ont également publié trois de ses recueils de nouvelles, dont Bliss and Other Stories (1920). Le recueil comprend une introduction de John Middleton Murry, veuf de Mansfield, et ce serait d’ailleurs Murry qui aurait fait en sorte que les Poems, et d’autres textes posthumes, soient publiés.
Dans le recueil, « Fairy tale » fait partie de la section « POEMS: 1917-1919 », et Mansfield date elle-même le poème de 1919. C’est une période difficile pour Mansfield : sa santé se dégrade à cause de la tuberculose, qui lui sera bientôt fatale ; elle a épousé l’écrivain et critique John Middleton Murry, mais leur mariage se détériore et ils vivent le plus souvent séparés ; sa relation avec Ida Baker, qui est semble-t-il également sa compagne, est alors houleuse.
Mansfield délaisse alors le récrit en prose pour la poésie, et les poèmes de l’année 1919 sont peu nombreux (une demi-douzaine). Selon Murry, Mansfield peut ainsi se consacrer plusieurs jours à l’écriture de poèmes, puis n’en écrire aucun pendant des mois. Elle se montre réservée au sujet de leur qualité : elle en publie peu de son vivant, et un seul sous son nom, se heurtant le plus souvent au refus des rédacteurs de revues à qui elle les adresse.

FAIRY TALE – Katherine Mansfield
Now folds the Tree of Day its perfect flowers,
And every bloom becomes a bud again,
Shut and sealed up against the golden showers
Of bees that hover in the velvet hours. . . .
Now a strain
Wild and mournful blown from shadow towers,
Echoed from shadow ships upon the foam,
Proclaims the Queen of Night.
From their bowers
The dark Princesses fluttering, wing their flight
To their old Mother, in her huge old home.
1919.